Alors qu’ils ont poussé des hauts cris à propos de l’affaire Quatennens, les députés macronnistes affirment n’avoir aucun mal à accueillir l’ex-ministre Damien Abad au Palais-Bourbon, malgré les accusations de viol ou de tentative de viol qui le visent.https://t.co/Tgnwz91Eoa
— Edwy Plenel (@edwyplenel) October 3, 2022
Alors qu’ils ont poussé des hauts cris à propos de l’affaire Quatennens, les députés de Renaissance affirment n’avoir aucun mal à accueillir l’ancien ministre des solidarités au Palais-Bourbon, malgré les accusations de viol ou de tentative de viol qui le visent. Une question, disent-ils, de « présomption d’innocence »
Adrien Quatennens, démissionnaire de son poste à la tête de La France insoumise (LFI) après avoir reconnu des violences sur son épouse. Julien Bayou, démissionné de la vice-présidence du groupe écologiste à l’Assemblée nationale à la suite d’accusations de « violences psychologiques ». Alors que les parlementaires font leur rentrée en séance publique ce lundi 3 octobre, l’ancien ministre des solidarités Damien Abad, visé par une enquête pour « tentative de viol », reprendra le chemin du Palais-Bourbon en toute quiétude.
Ce ne sont pas ses collègues de la majorité qui le lui reprocheront. Alors que les affaires Quatennens et Bayou ont déclenché une tempête sans précédent à gauche, chez les macronistes, le cas Damien Abad semble, pour l’heure, ne poser aucune interrogation au sein du groupe Renaissance. (...)
« Il n’y a pas de sujet [Abad – ndlr], puisqu’il n’est pas condamné et qu’il ne peut y avoir de présomption de culpabilité », estime la députée des Hauts-de-Seine Maud Bregeon. « Je ne vois pas pourquoi on punirait quelqu’un qui est potentiellement innocent, abonde sa collègue des Yvelines Nadia Hai. Si on commence à dire “telle personne doit être sanctionnée” sans décision de justice, on met à mal l’État de droit. »
« À ce stade, il n’y a pas de vérité établie, on n’a donc rien à dire », résume Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée, qui accueillera donc, comme n’importe quel autre député de la majorité, l’ancien ministre des solidarités, transfuge de la droite Les Républicains (LR), dans son équipe. Ces dernières semaines pourtant, les affaires de violences sexistes et sexuelles qui touchent la gauche de l’hémicycle ont réveillé les indignations de toutes celles qui se revendiquent féministes au sein de la majorité et du gouvernement.
Les paradoxes des macronistes
À commencer par Marlène Schiappa, ministre de l’économie sociale et solidaire, qui s’en est pris avec vigueur au fameux tweet dans lequel Jean-Luc Mélenchon saluait le « courage » d’Adrien Quatennens : « Depuis quelques semaines, on entend que finalement les gifles […], ce n’est pas si grave. Minimiser les faits de violences, c’est nous faire faire un recul terrible », s’est émue l’ancienne binôme de Gérald Darmanin à Beauvau, qui fut moins diserte sur la standing ovation offerte par son parti au ministre de l’intérieur trois jours après qu’une femme avait déposé plainte contre lui pour viol.
La réaction a été tout aussi virulente de la part d’Aurore Bergé : « Je ne crois pas que sa place [à Adrien Quatennens – ndlr] soit dans l’hémicycle. Je ne suis pas certaine qu’il soit le bienvenu au regard des faits qui lui sont reprochés », a-t-elle expliqué sur BFMTV, à l’unisson avec ses camarades de banc qui ont réclamé la démission pure et simple de l’Insoumis de son poste de député. (...)
Dans les rangs macronistes, le discours est rodé. Adrien Quatennens, parce qu’il a reconnu avoir giflé sa compagne, doit démissionner illico de ses fonctions ; Damien Abad, qui n’a rien avoué des agressions sexuelles dont on l’accuse, n’a en revanche aucune raison de se voir interdit de Palais-Bourbon. (...)
Une ligne peu surprenante au regard de la gestion qui avait été celle de La République en marche (LREM) lors des précédentes – et nombreuses – affaires de violences sexistes et sexuelles en son sein. Qu’il s’agisse du cas de Jérôme Peyrat, ancien conseiller de l’Élysée condamné pour violences conjugales en 2020 dont le mouvement présidentiel avait tenté de maintenir l’investiture aux législatives, ou encore au moment des accusations contre Gilles Le Gendre, c’est peu dire que la majorité a fait montre de tolérance à l’égard des comportements litigieux de ses membres (lire ici l’article de Lénaïg Bredoux, Antton Rouget et Ellen Salvi).
Selon nos informations, la commission des conflits du parti est toutefois sur le point d’être saisie après l’annonce de l’ancien député marcheur Benoît Simian, condamné en juin pour le harcèlement de son ex-femme, de sa volonté d’adhérer à Renaissance. (...)
La justice et rien d’autre. Il y a quelques mois, les choses n’allaient pourtant pas totalement de soi au sein de l’ex-LREM. Avant l’été, Élisabeth Borne avait même invoqué cette question de « l’exemplarité en politique » – une notion dont Emmanuel Macron s’était lui-même fait le défenseur en 2017 – pour justifier le limogeage de Damien Abad du gouvernement. (...)
Début juillet encore, Aurore Bergé ne cachait pas son embarras à l’idée d’accueillir le gênant Damien Abad dans les rangs macronistes. Selon nos informations, la patronne des députés Renaissance envisageait même d’exfiltrer l’ancien ministre de son groupe. Mais ses velléités ont fait long feu. (...)
Dorénavant, mêler considérations éthiques et affaires politiques est en tout cas appréhendé avec la plus grande prudence. (...)
Une aubaine pour l’extrême droite
Pendant que la majorité bricole avec ses paradoxes, l’extrême droite se frotte les mains. (...)
Sur BFMTV, Éric Zemmour commente les affaires Bayou et Quatennens sans que personne ne lui rappelle qu’il est lui-même accusé de violences sexuelles par huit femmes. (...)