Des centaines d’étrangers demeurent enfermés dans les centres français de rétention administrative (CRA) alors que les vols vers leur pays d’origine sont quasi inexistants, en raison de la pandémie de coronavirus. L’association la Cimade dénonce des "placements abusifs".
En théorie, les personnes sont retenues dans les CRA, pour une durée maximum de 90 jours, en attendant un renvoi vers leur pays d’origine. (...)
C’est notamment le cas de beaucoup de ressortissants d’Afrique du nord. "Les centres sont remplis d’Algériens mais les frontières de leur pays sont toujours fermées", affirme encore Paul Chiron. Certains sont ainsi enfermés pendant des semaines puis ressortent finalement libres, munis d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Là encore, la mesure paraît ubuesque pour la Cimade. "Comment pourraient-ils rentrer dans leur pays alors que les vols sont restreints voire inexistants ?", s’interroge Paul Chiron. (...)
Le Canard enchaîné du 22 juillet s’est procuré une liste des pays vers lesquels la direction centrale de la police aux frontières (DCPAF) précise aux préfectures qu’il existe des vols au départ de Paris "et vers lesquels des éloignements sont possibles". Une grande partie de ces États se trouve sur le continent européen, hormis l’Egypte, la Tunisie, l’Ethiopie, le Canada, les Etats-Unis ou encore le Brésil.
"Sentiment d’injustice"
Preuve de l"’inefficacité" des placements en CRA selon la Cimade, la nette diminution des renvois des étrangers en pleine crise sanitaire. (...)
Ces "placements abusifs" provoquent un sentiment d’injustice "de plus en plus fort" chez les étrangers enfermés, "se traduisant par des actes extrêmes qui se multiplient, tels que des automutilations, des grèves de la faim, des départs de feu etc.", décrit l’association dans son communiqué. "La tension monte dans les CRA où le climat est explosif avec la période estivale", prévient encore la Cimade.