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Contre les déchets sauvages, un maire les renvoie à leurs propriétaires
Article mis en ligne le 29 septembre 2018

Lassé de la multiplication des dépôts sauvage d’ordures, le maire d’une commune de l’Oise a décidé d’identifier les responsables et de leur renvoyer leurs déchets. Une mesure brutale, mais efficace, selon l’édile, qui milite pour que les élus aient davantage de moyens pour lutter contre ce fléau.

Parmi les herbes folles, des dizaines de saucissons au poulet, du poisson, des yaourts… en tout quelque 300 kg de denrées périssables abandonnées près d’un chemin de campagne. Nous sommes à Laigneville, une commune semi-rurale de l’Oise, et c’est le maire lui-même, Christophe Dietrich (sans étiquette), qui vient constater la présence de ce triste monticule. Il est au téléphone avec l’auteur de l’infraction. Tout est allé très vite, une plaque d’immatriculation relevée par un riverain a permis de remonter jusqu’à un numéro de téléphone portable.
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« Vous avez deux options, explique le maire, soit vous venez récupérer vos déchets, vous prenez une petite amende et on en reste là, soit je les déverse chez vous et je dépose plainte auprès de la justice. » 
Au bout du fil, une voix un peu penaude : « Je viens les récupérer, s’il vous plait… j’ai fait une bêtise. » Une demi-heure plus tard, la totalité des déchets est ramassée.

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Peu de gens le savent, mais tous les maires de France sont officiers de police judiciaire. Ils ont le droit d’enquêter et Christophe Dietrich se sert de cette prérogative. Quelques mois après son élection, il s’est mis à fouiller les dépôts sauvages. Bien souvent, les gravats sont mélangés à des documents administratifs. Le maire recherche des adresses ou des numéros de téléphone. 
« Je travaille à l’ancienne, par recoupement. Je ne fais jamais identifier qui que ce soit, je me sers de ce que je trouve. On tire la pelote de laine, quand elle casse, elle casse ; quand on a un doute, on n’y va pas. Vous imaginez bien que, si je fais un retour à l’envoyeur et que je me trompe d’adresse, c’est totalement contre-productif. »(...)

Au début, les administrés restaient circonspects face à ces méthodes cavalières. Beaucoup dénonçaient la manière, demandant plutôt la mise en place de décharges gratuites pour les professionnels. Mais les résultats sont arrivés : les dépôts se sont raréfiés. « On est tous derrière lui maintenant, c’est bien ce qu’il fait, notre maire. Rien que la semaine dernière, j’ai surpris quelqu’un en train de déposer des dizaines de pneus sur le bord d’une route, c’est écœurant. Il faut lutter contre cela », lance Denis, pêcheur à Laigneville. (...)

Depuis le début de l’année, six dépôts sauvages ont été constatés sur la commune. À chaque fois, le maire a réussi à identifier les auteurs. Mais il a changé de méthode : il ne renvoie plus les déchets, il demande aux coupables de ramasser(...)

« Ce sont très rarement des particuliers qui font cela. Souvent, ce sont des sociétés sous-traitantes étrangères, peu concernées par le respect de l’environnement en France. Ou alors, des entreprises qui se montent juste le temps d’un chantier avant de disparaître. Elles sont à moitié véreuses, elles se moquent royalement de savoir ce que leurs déchets vont devenir. »

Il y a aussi les sociétés qui font payer le retraitement des ordures à leurs clients et qui augmentent leurs marges en n’allant pas à la déchetterie. « Mais c’est très rare », précise l’élu, qui commence à se lasser de ne pas pouvoir bien combattre le fléau (...)

Le maire demande à ce qu’on laisse aux communes la possibilité de fixer le montant des amendes. « Je peux vous dire qu’avec une amende à 2.000 euros, on n’aurait plus besoin de surveiller nos communes, ça se saurait vite. »

Actuellement, il existe bien un texte de loi, l’article 541-46 du Code de l’environnement, qui prévoit jusqu’à 75.000 euros d’amende. Mais la procédure est longue et aucune des plaintes du maire n’a abouti jusqu’à présent. « On a même été débouté une fois, car on a ramassé les déchets. Il n’y avait alors, selon la justice, plus d’infraction. C’est presque une blague. » (...)