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Contre la mode jetable, le surcyclage donne une nouvelle vie aux habits
Article mis en ligne le 12 janvier 2019

cette semaine, au plus grand bénéfice de l’industrie de la mode, dont l’appétit insatiable pèse sur l’environnement. Pourtant, une alternative à cette consommation de masse revient au goût du jour, celle de l’« upcycling » ou « surcyclage ».

Elle déambule dans les ressourceries, chine dans les vide-greniers, arpente les boutiques Emmaüs, surfe sur Leboncoin… Monia Sbouaï s’attelle à récupérer les bouts de tissu, les chemises, les t-shirts, les vestes ou encore les robes qui nourriront sa créativité. De son échoppe nichée aux Grands Voisins, dans le 14e arrondissement de Paris, la trentenaire revalorise des vêtements qui ont déjà vécu. Elle ragaillardit le textile, le découpe, lui adjoint de nouvelles pièces, laisse aller son inspiration en travaillant ses formes. Quelques épingles plus tard, Monia Sbouaï a élaboré le patron d’une future pièce de sa collection.

« C’est le principe du surcyclage, ou upcycling : récupérer des objets et des matériaux dont on ne se sert plus et les transformer pour leur redonner de la valeur, explique Monia Sbouaï. Je me laisse aller au hasard des trouvailles, tout en ayant une idée de ce que je souhaite à peu près réaliser, j’essaie d’en faire des vêtements cool, esthétiques et confortables à porter. »

La créatrice parisienne a fondé Super Marché, sa marque de vêtements de seconde main, en 2016. (...)

L’industrie de la mode, une catastrophe écologique
Aussi loin qu’elle s’en souvienne, du temps de ses études, Monia Sbouaï était déjà une adepte du surcyclage : « J’avais de petits moyens et je récupérais parfois des fringues de récup’. Après deux ou trois retouches, cela m’offrait la possibilité d’avoir des habits chouettes, sans que ça coûte une blinde. » (...)

L’industrie de la mode représente une catastrophe d’un point de vue écologique. « En Europe, pour 5 millions de tonnes de textiles mises sur le marché chaque année, 4 millions sont jetées, parfois à l’état neuf », observe Sihem Dekhili, chercheuse à l’EM Strasbourg Business School. En France, près de 600.000 tonnes de vêtements parviennent, chaque année, sur les étals et dans les entrepôts, selon l’organisme Eco TLC. Le tiers est, à ce jour, collecté et trié.

« Certaines marques de luxe préfèrent même brûler leurs invendus, déplore Sihem Dekhili, pour éviter que leurs vêtements soient portés par des personnes hors de leur cœur de cible, qui n’ont pas le “bon” statut social. » (...)

La mode figure ainsi au deuxième rang mondial des secteurs les plus polluants après l’industrie pétrolière (...)

Dans ce contexte, le surcyclage représente une réponse prometteuse aux yeux de Stéphanie Calvino. « Cette pratique permet de sensibiliser les gens à la matière, dit-elle. Elle leur rappelle que derrière chaque habit revalorisé, il y a une plante qui a été semée, a poussé, a été récoltée, filée, tissée, a permis la création d’une pièce portée durant vingt ans et à laquelle on redonne vie pour éviter de jeter, d’utiliser de l’eau et des pesticides. » C’est surtout, pour la fondatrice de la plateforme Anti_fashion, « une méthode vieille comme le monde, historiquement prisée par les pauvres ». « Quand vous n’avez pas d’argent, poursuit-elle, vous faites de l’upcycling tous les jours et depuis longtemps. (...)