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le Monde Diplomatique
Contes et mécomptes de l’emploi des femmes
Article mis en ligne le 1er septembre 2013
dernière modification le 27 août 2013

Les recensements d’autrefois le répètent comme un leitmotiv, « le classement des femmes est souvent affaire d’interprétation ». Où passent les frontières entre l’emploi repérable et le travail informel ? Comment les femmes ont-elles été, au fil des ans, recensées, omises ou recalculées, effacées ou reconnues ? Sur elles pèse toujours le soupçon implicite de l’inactivité : une paysanne dans un champ travaille-t-elle ou regarde-t-elle le paysage ? Une ouvrière licenciée, est-ce une chômeuse ou une femme qui « rentre au foyer » ? Ces questions récurrentes et navrantes, réservées aux femmes, disent le contraste entre l’évidence du travail masculin et la contingence du travail féminin.

(...) Selon l’histoire du travail au XXe siècle habituellement racontée, l’activité professionnelle des femmes aurait eu tendance à diminuer de 1901 à 1962 ; c’est une « illusion d’optique statistique », car les chiffres ont été recalculés en fonction d’un changement de définition de l’activité agricole. (...)

Une des particularités serait que les femmes arrêtent de travailler quelque temps après la naissance des enfants. Or cette discontinuité des trajectoires professionnelles a commencé à s’estomper dès la fin des années 1960, pour devenir résiduelle. (...)

Pour le sous-emploi, qui n’apparaît en statistique que dans les années 1990, et pour le travail à temps partiel, les choses sont simples. Depuis qu’ils sont recensés, on voit qu’il s’agit, pour l’essentiel, d’affaires de femmes : 30 % d’entre elles et 7 % des hommes qui ont un emploi en 2010 travaillent à temps partiel, et ces proportions ont à peine frémi en quinze ans (+ 2 % pour les hommes et + 1 % pour les femmes). Cette forme d’emploi, développée et favorisée par les politiques et la législation dans les années 1980, vient contrecarrer la tendance à l’homogénéisation des comportements d’activité masculins et féminins (...)

Des métiers d’antan aux professions d’aujourd’hui, l’histoire est également sexuée. Ainsi, par exemple, la classe ouvrière a toujours été plus masculine ; la tertiarisation des emplois a été plus rapide et plus importante pour les femmes… Quand on regarde la cartographie des métiers selon le sexe, on constate le maintien d’indéracinables bastions masculins et féminins (...)

Au début du XXe siècle, la majorité des femmes travaillaient chez elles. Elles étaient agricultrices, couturières payées à la tâche, ouvrières à domicile… Au XXIe siècle, la quasi-totalité d’entre elles quittent le domicile pour aller travailler. Les femmes gagnent leur vie, quelle que soit leur situation familiale. Avec la diffusion du salariat, leur labeur est désormais devenu visible et autonome, déconnecté de leur statut familial. Et cela change beaucoup : les femmes ont gagné en autonomie économique — en liberté, donc.

En fait, et à rebours des idées reçues, elles n’ont jamais été une « minorité », et l’apport de leur force de travail a été massif : jamais moins d’un tiers de la population active, près de la moitié actuellement (3). Ce voyage dans les méandres de la statistique met ainsi en évidence le fait qu’en dépit des crises et des récessions, par-delà les périodes de guerre et d’après guerre, les femmes ont vraiment beaucoup travaillé en France, à toutes les époques de ce siècle. (...)