La protection des baleines, capables de stocker massivement le CO2 atmosphérique, apparaît plus que jamais comme une solution aussi naturelle qu’efficace pour limiter l’augmentation de la température globale.
En matière de captation de carbone, les arbres font pâle figure à côté des plus gros cétacés. Lorsqu’elle meurt et qu’elle coule au fond de l’océan, une grande baleine piège à elle seule 33 tonnes de CO2 pendant plusieurs siècles, le temps de se décomposer. En comparaison, souligne un récent rapport du Fonds monétaire international (FMI) élaboré en collaboration avec des biologistes de Great Whale Conservancy, une organisation dédiée à la protection de ces mammifères marins, un arbre n’absorbe pas plus de 21 kilos de CO2 par an.
A l’origine de ce prodigieux pouvoir : leur alimentation. Ces énormes prédateurs marins se nourrissent essentiellement de krill, de petits crustacés qui consomment du phytoplancton. Or ces créatures microscopiques, à l’origine de la moitié de la production d’oxygène atmosphérique, captent pas moins de 40% du CO2 sur notre planète – l’équivalent de quatre forêts amazoniennes. (...)
La masse de CO2 captée par le phytoplancton est d’autant plus importante que celui-ci est présent en grande quantité. Or l’activité des baleines, rappelle cette étude, est indispensable au développement du précieux plancton. Riches en fer, phosphore et azote, leurs excréments apportent à ce dernier tous les nutriments nécessaires pour grandir. Leurs déplacements brassent ces éléments, qui remontent alors vers la surface, faisant également fructifier le krill. Celui-ci alimente à son tour les oiseaux marins et certains poissons… Une assurance pour les pêcheurs de trouver plus de ressources.
Déclins en chaîne
Ce n’est donc pas un hasard si le déclin vertigineux des populations des plus grands cétacés – passés de 4 ou 5 millions avant le début de la pêche commerciale à la baleine à 1,3 million aujourd’hui – a aussi fait baisser la quantité de phytoplancton et de krill. (...)
Protéger ces animaux menacés par les filets de pêche, le plastique, la pollution sonore et les collisions avec les bateaux, paraît vital. Si un moratoire sur la chasse commerciale a été adopté dès 1982, quelques pays la pratiquent encore, dont le Japon, qui s’est retiré de la Commission baleinière internationale en décembre 2018 en annonçant qu’il reprenait la pêche à la baleine.
Pour ces gigantesques mammifères, l’affaire n’est pourtant pas tout à fait perdue. « Si on les laisse tranquille, leur population peut croître très vite, et facilement être multipliée par dix ou vingt, voire plus, indique Alexandre Gannier. Des millions de tonnes de carbone pourraient ainsi être stockées dans les baleines. » (...)
Permettre aux populations de baleines de retrouver leur niveau d’avant devrait être l’un des objectifs de l’accord de Paris, plaident les analystes. Car il y a urgence (...)