Pendant plus de 48 heures, 34 migrants, dont des enfants, sont restés bloqués sur une petite île au milieu du fleuve d’Evros, à la frontière entre la Turquie et la Grèce, les deux pays se rejetant la responsabilité de leur prise en charge. C’est finalement une décision de la Cour Européenne des droits de l’Homme qui a poussé au lancement d’une évacuation ce vendredi. Ce type de situation se multiplie en raison de la "systématisation" des refoulements par les autorités grecques, selon les ONG.
Parmi ces personnes, on compte quatre femmes, dont une enceinte, et six enfants de moins de dix ans, signalent Alarm Phone et Border Violence Monitoring Network (BVMN), dans un communiqué commun paru le 31 mars.
"Ils ont très froid la nuit et craignent que la pluie arrive. Ils nous rapportent que leurs réserves d’eau et de nourriture sont épuisées au point qu’ils les rationnent en ne les donnant qu’aux enfants", décrivaient les deux organisations.
"Appel humanitaire : nous sommes coincés depuis deux jours sur une île grecque de la rivière d’Evros. Nous avons de jeunes enfants, des femmes et un vieil homme", précisait le groupe de 34 exilés dans un message d’alerte envoyé le 31 mars à diverses organisations internationales. (...)
"Une fois encore, Frontex reste inactif et met des vies en danger"
Alarm Phone et BVMN assurent avoir prévenu, le 30 mars, les autorités grecques, l’agence Frontex, ainsi que le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR). Mais aucune évacuation ni forme d’assistance n’avait été réalisée.
Dans la foulée, Frontex a confirmé avoir reçu l’appel de détresse, mais "n’a fait que le transférer aux autorités grecques", pointent les deux organisations. À leurs yeux, "une fois encore, Frontex reste inactif et met des vies en danger". (...)
Alarm Phone et BVMN ont également pu joindre au téléphone des officiers grecs. Ces derniers ont reconnu avoir connaissance de cette situation, "et ont assuré qu’ils ramèneraient les personnes en Grèce". Mais sans mettre en oeuvre cette promesse. Une nuit de plus s’est donc écoulée.
Déblocage de la situation grâce à la CEDH
Le déblocage de la situation est venue de la Cour Européenne des droits de l’Homme (CEDH). Saisie en urgence de l’affaire, celle-ci a imposé des mesures provisoires de protection de ces 34 personnes. Elle a notifié l’État grec, au matin de ce 1er avril, de son obligation de fournir un abri et des vivres au groupe.
"La décision de la CEDH est un argument fort, et un instrument puissant. Dans ce cas concret, elle a créé la pression dont nous avions besoin pour augmenter les possibilités d’évacuation des personnes", souligne Lorenz. De quoi "redonner un peu d’espoir, ce matin, au groupe avec lequel nous sommes resté en contact permanent".
Mais aux dernières nouvelles, les personnes demeuraient toujours "épuisées et très effrayées, car la situation reste très incertaine", insiste Lorenz. Et pour cause : la menace d’un refoulement vers la Turquie continue de planer.
"Les deux autorités jouent avec la vie des gens comme dans un ping-pong" (...)
"Nous sommes toujours en contact avec le groupe et ils viennent de nous dire qu’ils ont été attaqués par des hommes en tenue militaire", relayait Alarm Phone dans un tweet hier. Les 34 personnes témoignaient alors auprès des ONG avoir vu des "véhicules militaires et des voitures banalisées" rôdant sur la rive non loin de l’îlot, ainsi que des "drones" dans les alentours.
"Nous souffrons du froid, mais nous ne pouvons pas allumer un feu pour nous réchauffer à cause de l’armée grecque (...) Les militaires grecques terrifient les enfants et les femmes avec leurs méthodes, ils veulent que nous nous rendions pour nous ramener en Turquie", écrivaient-elles dans leur message aux organisations internationales. Or, toutes ces personnes souhaitent demander l’asile en Grèce, indiquent les ONG. (...)
Une situation qui se répète
Pas plus tard qu’à la mi-mars 2022, un groupe de 30 Syriens était également resté bloqué sur un îlot pendant près de cinq jours. Selon leurs témoignages, les autorités grecques elles-mêmes les auraient refoulés sur ce bout de terre.
Dans cette opération, un petit garçon de quatre ans, le fils de l’une des personnes du groupe, s’est noyé. Suite à la couverture médiatique et la mobilisation d’ONG autour de cette affaire, les autorités grecques avaient finalement porté assistance aux autres migrants du groupe, le 18 mars.
En janvier également, 25 Syriens et 4 Turcs étaient restés coincés de la même façon. (...)