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le Point
Climat : l’Afrique fixe sa feuille de route pour la COP27
Article mis en ligne le 30 août 2022

Les conférences, débats et rapports se multiplient pour préparer et porter la voix de l’Afrique devant la COP27, la conférence des Nations unies sur le climat qui se tiendra en novembre à Charm el-Cheikh, en Égypte. Le changement climatique est devenu une préoccupation brûlante avec ses conséquences de plus en plus palpables.

Inlassablement, les Africains se doivent de rappeler que bien qu’ils ne représentent que 17 % de la population mondiale, ils ne pèsent que 3 % des émissions mondiales de gaz à effets de serre. En revanche, ce sont eux qui sont le plus exposés aux conséquences du changement climatique. Une terrible injustice ! (...)

« Soutenir la résilience climatique et une transition énergétique juste en Afrique ». Ce rapport met en exergue la menace croissante que fait peser le changement climatique sur les vies et les moyens de subsistance en Afrique.

Comparé aux autres régions du monde, l’Afrique est le continent le moins résilient au changement climatique en raison d’un niveau de vulnérabilité élevé et d’un faible niveau de préparation. (...)

« Il est essentiel que les prochains engagements climatiques prennent en considération le contexte spécifique du continent africain, notamment ses perspectives souhaitées de développement, et intègrent également le rôle important que le continent peut jouer dans un avenir à bas carbone au niveau mondial », souligne de son côté la Fondation Mo-Ibrahim, présentant son rapport publié en juillet, « En route vers la COP27 : positionner l’Afrique dans le débat global sur le climat ». (...)

La Fondation présente un ensemble de données, mais surtout 15 recommandations à l’attention des décideurs politiques et des citoyens et acteurs du débat climatique, afin de mieux positionner l’Afrique dans le débat global sur le climat. Ces recommandations tournent autour de trois axes : prendre en compte la vulnérabilité spécifique de l’Afrique, répondre au droit des populations africaines à l’accès à l’énergie et mettre en évidence le potentiel de l’Afrique pour le développement d’une économie verte à l’échelle mondiale. (...)

Le débat sur l’énergie à la COP27

Mo Ibrahim, fondateur et président de la Fondation Mo-Ibrahim, a déclaré qu’il est clair que le débat actuel sur le climat ne répond pas aux attentes de l’Afrique, lorsque plus de 600 millions d’habitants du continent n’ont toujours pas accès à l’électricité. « L’accès universel aux services énergétiques est essentiel à l’atteinte des objectifs de développement durable. »

Cette position se heurte à la décision d’en finir avec les combustibles fossiles en serrant les cordons de la bourse, prise par une majorité de pays l’an dernier, lors de la COP26 à Glasgow. (...)

Pour l’Afrique, cette décision va à l’encontre de son développement. (...)

Le débat a changé de dimension depuis les sanctions contre la Russie qui, en retour, a fermé les robinets du gaz créant une pénurie mondiale. L’Afrique compte 18 pays producteurs et dispose de réserves importantes encore peu exploitées, notamment au Mozambique, en Afrique du Sud en Namibie. Ainsi, la Fondation Mo-Ibrahim, défend l’idée de « considérer le gaz comme un combustible de transition clé, en parallèle au développement des énergies renouvelables ». Il faut permettre au gaz, ressource abondante en Afrique et combustible fossile de loin le moins polluant, de contribuer à combler le déficit immédiat d’accès à l’énergie sur le continent.

S’engager pour le climat sans compromettre son développement, c’est la position que l’Afrique entend défendre à la COP27. L’Afrique perd chaque année entre 5 % et 15 % de son produit intérieur brut à cause du changement climatique. Pour rappel, un Américain émet chaque année en moyenne 14 de tonnes équivalent CO2, contre 10 tonnes pour un Européen et moins d’une tonne pour un Africain. (...)

La question du financement reste primordiale

Les promesses ne sont pas tenues. Lors de la COP de Copenhague en 2009, les pays riches s’étaient engagés à verser 100 milliards par an aux plus pauvres. Onze ans plus tard, le compte n’y est toujours pas. En 2020, le financement climat pour les pays en développement s’est élevé à 83,3 milliards de dollars. (...)

Ce rapport sur les PEA « appelle à des échanges francs sur l’architecture actuelle du financement climatique mondial et son déséquilibre ; décrit les outils de réformes ; et répertorie les sources existantes de financement climatique ciblant les besoins et déficits du continent. Il étudie plus en détail des instruments innovants de financement climatique susceptibles de renforcer la résilience et d’assurer une transition énergétique juste aux niveaux international, régional et national, qui profite au continent », commente Akinwumi Adesinale, président de la (BAD), dans la préface. (...)

Sur la question du climat, les conférences se succèdent aussi. Début août, trois jours de tables rondes régionales sur le changement et l’adaptation climatiques se sont déroulés à Addis-Abeba et le 18 août, une conférence organisée par l’Africa Risk Capacity Group (ARC), agence de l’Union africaine qui permet aux gouvernements de mieux répondre aux besoins face aux catastrophes liées au climat. L’objectif, comme pour les rapports, est de transmettre des connaissances et d’affiner la position africaine pour mieux peser dans les débats.

Mahmoud Mohieldin, champion égyptien de haut niveau des Nations unies pour le changement climatique, a souligné lors de cette dernière conférence de l’ARC, les opportunités prometteuses dans le domaine de l’action climatique en Afrique, saluant notamment les progrès réalisés par un certain nombre de pays africains dans le domaine de l’hydrogène vert (...)

Il a également souligné la nécessité d’aligner les objectifs de développement durable sur l’action climatique. Tout est lié. (...)

Ainsi, au fil des rapports et des conférences, l’Afrique dessine sa voix, celle qu’elle devra faire entendre en Égypte. Les recommandations du rapport de la Fondation Mo-Ibrahim s’achèvent sur un rappel important avant la COP27 : « On n’obtient pas ce dont on a besoin ou ce que l’on mérite, on obtient ce que l’on négocie. » C’est dit.