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Climat : comment sortir de l’impuissance ? Teïssir Ghrab, militante à Alternatiba Paris, et Xavier Capet, océanographe et chercheur au CNRS, y ont répondu à l’occasion d’une rencontre organisée par Reporterre le 17 mai.
Article mis en ligne le 22 mai 2022

Alors que les alertes sur l’ampleur de la crise climatique des scientifiques et des militants sont ignorées par la majorité de la classe politique et par les médias - durant la campagne pour la présidentielle, seulement 3,6 % du temps médiatique a été consacré au climat —, un sentiment d’impuissance plombe les écolos. Les jeunes du mouvement climat sont fatigués de marcher, les climatologues multiplient tribunes et articles sans que rien ne change, l’exécutif a rejeté les propositions de la Convention citoyenne pour le climat et Emmanuel Macron, qui s’est distingué par son inaction en la matière, a été réélu. Toute mobilisation peut ainsi, de prime abord, sembler vaine. Comment conserver notre force d’agir ? (...)

En s’appuyant, déjà, sur les compétences de chacun : les militants climat peuvent se nourrir des connaissances des scientifiques sur le sujet, et vice versa. (...)

Xavier Capet, lui, raconte comment la participation à des luttes de terrain lui permet, en tant que chercheur, de « s’imprégner d’autres façons de penser le monde » : « C’est intéressant d’alle (...) r au contact de ces luttes pour rencontrer des problématiques et des gens, et se laisser transformer par ça. » L’océanographe, engagé notamment dans la préservation des terres agricoles du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), a également témoigné au procès des décrocheurs de portraits d’Emmanuel Macron mais aussi participé à une action de Scientist Rebellion — un collectif rassemblant des scientifiques d’une vingtaine de pays — au Muséum d’histoire naturelle, à Paris, en avril. (...)

« C’est bien que des scientifiques s’engagent, mais je ne pense pas que ce soit indispensable pour l’ensemble d’entre eux. Sur de nombreux sujets, il y a d’autres acteurs qui peuvent très bien faire ça », dit Xavier Capet, qui salue le travail de vulgarisation fourni par les militants du mouvement climat. « Il ne faut pas trop en demander aux scientifiques non plus : en général, il s’agit de personnes qui se sont bien conformées au système scolaire ». (...)

D’autant qu’« il n’y a pas d’un côté les experts qui auraient le droit de parler, et de l’autre les citoyens qui devraient écouter : on a tous et toutes des choses pertinentes à dire sur ce qui est en train de nous arriver. On le voit aussi avec la science participative, où par exemple des citoyens montrent la disparition d’insectes ». (...)

L’activiste d’Alternatiba, partisane d’une « écologie populaire », est convaincue qu’il est nécessaire de « partir de la base » et de luttes locales, tout en s’attaquant au système (...)

Le mouvement climat s’est « allié à d’autres luttes : antiracisme, féminisme, question sociale »

Il est essentiel de penser ensemble justice sociale et justice climatique, a-t-elle dit, tout en rappelant que, dans les quartiers populaires, « l’écologie est une question de survie : on ne peut pas bien manger, pas bien se déplacer, pas bien se chauffer, etc. » Si initialement la militante pouvait se sentir « déconnectée » du mouvement climat, elle y a identifié un renouveau bienvenu ces dernières années (...)

De son côté, Xavier Capet se félicite que le chapitre 5 du dernier rapport du Giec, essentiellement rédigé par des chercheurs en sciences sociales, soit consacré aux modes de vie et aux aspects sociaux de la décarbonation. Ce texte montre « qu’il est plus difficile de décarboner dans un monde d’injustice ». Une illustration scientifique de ce que le mouvement des Gilets jaunes avait déjà montré empiriquement. (...)

Autre levier d’évolution sur lequel miser, selon Teïssir Ghrab : les élections législatives des 12 et 19 juin, avec l’espoir, à gauche, incarné par la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes). « Un mandat présidentiel dure cinq ans, donc si on n’a pas ce contre-pouvoir à l’Assemblée nationale, ça risque d’être très compliqué », assure celle pour qui la prochaine bataille sera « de faire en sorte que les jeunes aillent voter ». Pour rappel, au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, 41 % des 18-24 ans ne se sont pas déplacés aux urnes selon une enquête de l’Ifop.

Enfin, pour combattre l’inertie, il est toujours fécond de se regrouper et d’être ensemble. (...)

« Quand on se sent isolé, on se sent impuissant. En rejoignant un collectif, on retrouve cette fraternité et cette sororité, cette écoute. On reprend aussi ce pouvoir d’agir qu’on essaie de nous enlever constamment, qui est très important. »