Élevage intensif, avion, nouvelles routes, précarité énergétique... Niveau écologie, « la plupart des indicateurs sont dans le rouge », conclut le Réseau Action Climat dans un bilan du quinquennat. Interrogés par Reporterre, les proches de M. Macron assurent pourtant « avoir entrainé la société dans une transformation complexe ». (...)
Emmanuel Macron a certes « multiplié les déclarations fortes — chacun se souvient du Make our planet great again », mais le RAC retient surtout l’« insuffisance des actions du gouvernement ». Celle-ci a été sanctionnée par deux revers historiques : la condamnation de l’État, en justice, dans l’Affaire du siècle et dans l’affaire Grande-Synthe [1]. Sous la présidence de M. Macron, la France s’est notamment rendue coupable de ne pas avoir respecté sa feuille de route pour le climat — la stratégie nationale bas carbone (SNBC) — en dépassant les plafonds d’émissions de gaz à effet de serre qu’elle s’était fixés. Le gouvernement a même revu à la baisse ses ambitions, en s’autorisant à émettre davantage que prévu. Cette révision de sa trajectoire est censée être compensée par des efforts réalisés après 2024. (...)
Reporterre a contacté l’entourage du Président, qui nous a répondu promptement et nous a présenté sa propre vision de la politique écologiste menée par le gouvernement. « Nous avons doublé la vitesse de réduction des émissions au cours du quinquennat, de 1 % par an entre 2012 et 2017 à 2 % dès 2019 », dit-on à l’Élysée. On s’y réjouit aussi d’avoir réussi un coup diplomatique avec le Make our planet great again, pour signifier « à des pays comme les États-Unis qu’ils n’arriveraient pas à détruire l’Accord de Paris ».
Quant à l’Affaire du siècle, « ce ne sont pas le président et le gouvernement qui ont été condamnés, mais bien l’État pour le non-respect d’un budget carbone sur lequel il est difficile de reprocher à ce gouvernement de ne pas avoir agi, puisque c’était le budget 2015-2018 », précise l’entourage du président. Et la SNBC ? « Oui, nous avons révisé les objectifs de court terme, mais dans le souci d’être plus sincères sur notre trajectoire. »
Dans son bilan, le Réseau Action Climat accorde à Emmanuel Macron des décisions « symboliques », comme l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou du mégacomplexe commercial Europacity. Mais l’association regrette surtout que les projets de loi portés par le gouvernement n’aient pas été mis « en cohérence » avec les objectifs climatiques. (...)
« Comment entraîner la société française dans une transformation qui est complexe et qui n’est pas sans heurts »
« Nous nous sommes toujours demandé comment nous pouvions entraîner la société française dans une transformation qui est complexe et qui n’est pas sans heurts ; la recherche de perfection pourrait avoir pour effet de rebuter tout le monde », répond l’entourage du président. Il se félicite d’avoir porté « quatre lois majeures de transformation dans l’énergie, les mobilités, l’économie circulaire, et le climat. Elles ont permis en cinq ans de faire basculer notre pays dans la transition écologique et de faire entrer l’écologie dans la vie des Français ». (...)
Précision : dans la loi Climat, seuls les vols domestiques entre deux villes qui se situent à moins de 2 h 30 en train sont interdits, soit huit liaisons. (...)
Le bilan du RAC est moins flatteur et pointe des failles importantes dans l’action gouvernementale. Sur l’agriculture, faute de s’attaquer à l’élevage et aux engrais azotés de synthèse, « les émissions de l’agriculture n’ont pas baissé suffisamment ces dernières années ». Sur le volet énergétique, Emmanuel Macron a refusé d’activer « le levier de la sobriété » et, « plus préoccupant encore », le président « utilise faussement l’argument du climat pour annoncer une relance du nucléaire ». (...)