Des organisations de défense des droits humains, et des droits des femmes dénoncent la violence et les abus sexuels perpétrés contre les femmes chiliennes par les forces policières et l’armée dans le cadre du soulèvement populaire qui embrase le pays.
Les forces répressives chiliennes appliquent des méthodes de répression et de torture qui ne sont pas inconnues des femmes d’Amérique latine.
Alors que se multiplient les arrestations et la chasse aux manifestants, des cas d’abus sexuels commis par les forces spéciales chiliennes et l’armée ont été révélés ces derniers jours. Dans le contexte de l’état d’urgence et du couvre-feu décrétés dans plusieurs villes, des informations circulent faisant état de multiples cas de violences extrêmes contre les femmes.
De nombreuses plaintes déposées parlent de mauvais traitements, de passages à tabac, d’actes de torture et d’harcèlements sexuels, entre autres violations des droits individuels. La situation des femmes participant aux manifestations inquiète des organisations tel que le « Réseau chilien contre les violences faites aux femmes » [Red Chilena Contra la Violencia hacia las mujeres)]. Silvana del Valle, avocate de cette organisation, explique qu’il existe une histoire de la violence sexuelle et politique au Chili et en Amérique latine.
L’une des accusations qui a été révélée raconte que « les filles qui ont été arrêtées ont toutes été déshabillées devant des hommes et non devant des femmes comme la loi l’exige. Elles ont toutes été touchées à leurs parties génitales, leurs poitrines ; plusieurs se sont fait mettre la pointe du fusil ou la crosse dans le vagin et on les a menacées d’être « violées par le cul, traitées comme des putes » ; qu’elles allaient être violées puis tuées, beaucoup de ces filles ne sont toujours pas rentrées chez elles" explique une psychologue de Santiago du Chili, qui n’a pas voulu rendre son nom public. L’incertitude sur le sort de nombreuses personnes arrêtées, qui, selon divers médias, s’élèvent à 2 000, joue également un rôle pour terroriser et discipliner la population.
Une femme détenue a dénoncé avoir été plaquée au sol et qu’un membre de l’armée ait menacé de la tuer si elle bougeait, qu’il l’a pointé avec un fusil et lui a dit qu’il allait "la pénétrer avec l’arme". La plainte a été reprise par l’Institut national des droits de l’homme (INDH), qui a présenté plusieurs mesures juridiques pour appeler au respect des conditions de détention.
Une autre plainte connue est celle de Pamela Maldonado détenue avec son père à Santiago. Elle a signalé qu’au cours de son transfert dans un commissariat, un policier l’a menacé de l’agresser sexuellement, "Voyons si ça te plaît dans le cul", lui aurait-il dit.
Ce n’est pas la première fois que les forces répressives chiliennes sont les auteurs de violences et d’abus sexuels. Lors des manifestations étudiantes chiliennes de ces dernières années, de nombreuses plaintes ont été déposées contre les forces spéciales pour avoir soulevé les jupes des lycéennes. (...)
La violence sexuelle en tant qu’arme du terrorisme d’État
En Amérique latine, les tortures perpétrées par les Forces armées contre les femmes sont connues : les abus et les viols étaient monnaie courante pendant les dictatures militaires d’Amérique latine. (...)
De même, sous les gouvernements "démocratiques" qui ont remplacé les dictatures, les violations et les abus sont une arme couramment utilisée par les forces répressives. L’un des cas les plus connus de ces dernières décennies a été la répression à San Salvador Atenco (Mexique) en 2006, lorsque l’ancien président Enrique Peña Nieto était gouverneur de l’État du Mexique. Les autorités ont entrepris une répression sauvage contre les habitants de San Salvador Atenco qui défendaient leurs terres. Dans le cadre de cette répression, les femmes ont dénoncé avoir été harcelées, humiliées et violées par des policiers.