
Sans attendre que les solutions viennent d’en haut, certains travaillent déjà, à leur façon, à l’édification du monde d’après. Loïc Le Borgne, maraîcher bio de la première heure, est de ceux-là.
(...) Dans les années 80, le bio en était encore à ses premiers balbutiements. Nous n’étions pas nombreux et passions pour des marginaux atypiques aux yeux des collègues aux méthodes conventionnelles. Mais ils ont bientôt vu que nous produisions de la marchandise de bonne qualité, que nous vendions plutôt bien. J’ai créé le premier marché bio du Morbihan, à Séné.
Aujourd’hui, l’entreprise fait vivre cinq personnes à temps plein. Plus quelques saisonniers dans les moments forts. Nous commercialisons notre production directement, sans passer par des intermédiaires. Moitié sur les marchés, moitié dans un local bio regroupant plusieurs producteurs. Et nous parvenons à nous assurer huit semaines de vacances par an. (...)
Dans le Morbihan, beaucoup travaillent en vente directe. Mais dans le Finistère, une grosse proportion de la commercialisation passe par les coopératives agricoles et les centrales d’achat. Ce qui se dessine, c’est une bio à deux vitesses : la bio paysanne et la bio industrialisée. La bio rigoureuse défendue par la FNAB (Fédération nationale d’agriculture biologique) et celle de la Grande distribution qui cherche à faire alléger le cahier des charges du label et à délocaliser la production pour des raisons de rentabilité.
Pour l’instant, la bio paysanne tient plutôt bien le choc, surtout dans un domaine comme le maraîchage où on est sur du produit frais, difficilement délocalisable. Nous sommes beaucoup plus fragiles sur les produits de plus longue conservation, la pomme de terre, l’oignon…
Aujourd’hui, je suis raisonnablement optimiste. La bio même industrielle, c’est quand même un moindre mal par rapport à l’agriculture productiviste conventionnelle. Tous les pays européens sont de plus en plus sensibilisés à la question, souvent plus qu’en France. Les aides de l’État, mais aussi de l’Union européenne pour le bio grignotent sur la part de l’agro-alimentaire industriel, quoiqu’on pense de l’influence des lobbies, et pas seulement en faveur de la bio industrielle. (...)