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TV5 monde
Cette répression qui les a poussées à bout : les féministes russes de Pussy Riot racontent
#PussyRiot #Russie
Article mis en ligne le 24 novembre 2022

Dix ans après leur "prière punk" à Moscou, comment les Pussy Riot ont-elles vécu la répression dans leur pays ? Nous les avons retrouvées au Portugal, cet été, pour évoquer la situation en Russie, transformée sous leurs yeux en "une vraie dictature".

Le jour touche à sa fin dans la petite ville balnéaire du Portugal où les Pussy Riot nous accueillent à leur hôtel. Elles font halte entre deux rendez-vous sur leur tournée européenne contre le régime de Vladimir Poutine et en soutien à l’Ukraine.
Comme c’est étrange de voir les militantes russes dans ce décor, si loin de la Russie, encore enneigée quand elles l’ont quittée, une par une, au printemps 2022…

Maria Alekhina a toujours son air déterminé et solide. C’est une opposante tenace à Vladimir Poutine. Elle faisait partie du trio jugé il y a dix ans pour avoir chanté la "prière punk" dans la plus grande église de Moscou. Condamnée à deux ans de camp, Maria affichait un sourire amusé lors de l’audience des Pussy Riot. Pendant sa détention, elle s’est battue pour les droits des femmes en prison, et a même gagné un procès contre la colonie pénitentiaire. (...)

Après sa libération, Maria Alekhina ne s’est jamais arrêtée : incarcérée à plusieurs reprises, assignée à résidence pour une affaire pénale, elle a fini par briser son bracelet électronique quand la guerre a commencé. Au lieu de purger une énième peine en prison, elle a choisi de fuir pour retrouver ses consœurs en tournée. (...)

Olga Borisova a mené plusieurs actions, notamment en Crimée annexée par la Russie, un terrain réputé comme étant particulièrement périlleux pour les militants anti-régime. Lucy Shtein est députée municipale de Moscou, partie de Russie peu de temps avant Maria Alekhina, sa compagne. (...)

Maria Alekhina : C’est une vraie dictature avec une censure militaire, et une propagande qui ressemble beaucoup à celle qui du troisième Reich. Mais la Russie n’est pas le troisième Reich, car elle est chaotique et corrompue. Beaucoup de choses y dépendent de l’humeur de certaines personnes… Tous les jours, on apprend qu’il y a eu une fouille, un nouveau procès ou une arrestation. Et ce ne sont pas uniquement les militants qui sont concernés, loin de là.

 Olga Borisova : Il est important de rappeler qu’aujourd’hui, en Russie, n’importe qui peut être arrêté dans le métro. La police demande de montrer le contenu des téléphone, d’ouvrir Telegram (une application très utilisée en Russie, ndlr). Et même si, du point de vue légal, ils n’ont pas droit de le faire, ils le font. Et si tu oses demander les raisons de cette persécution, tu risques d’avoir des problèmes encore plus gros…

 Diana Burkot : Juste avant de quitter la Russie, j’ai voulu mener une action avec d’autres militants, mais c’était très compliqué à mettre en place parce que tout le monde avait peur. La répression actuelle est sans précédent. Aucun de nous n’a jamais éprouvé un tel sentiment de danger. (...)

Le système pénitentiaire actuel est une espèce de post-goulag avec, pour seule différence, l’existence des cigarettes avec filtre et de la lessive en poudre. Une personne n’est pas considérée en tant que personne, mais en tant que partie d’un mécanisme qui doit fonctionner correctement. La prison ne prépare pas les détenus pour leur sortie de prison, mais, bien au contraire, fait tout pour les retenir dans le système. L’expression "privation de liberté" prend tout son sens ! La liberté en tant que responsabilité, la possibilité de faire des choix et d’en assumer les conséquences, tout est fait pour ôter cette liberté à l’individu. (...)

Il suffit de regarder le taux de récidive, qui est supérieur à 70 %. Qu’est-ce que cela signifie ? Que le système ne marche pas ! C’est la même chose à l’armée, si on prend cet exemple. Il y a la dedovshchina (une forme violente de bizutage, ndlr), les suicides, les morts soi-disant accidentelles… (...)

dans les prisons pour femmes en Russie, une chose telle que la culture de la protestation n’existe pas. Si on regarde les modes de protestation typiques des détenus, ce sont des traditions sont fondamentalement masculines, telles que la grève de la faim collective ou le fait de se couper collectivement les veines. Tout ça se pratique dans des prisons pour hommes. Pourquoi ? Parce que ce système voyou, criminel, est fondamentalement patriarcal. Et l’État de Poutine est représentatif de cette soi-disant "culture", qui prend racine dans les années 1950, à une époque stalinienne, celle de la terreur… (...)

Le 21 septembre 2022, trois mois après notre entretien, une mobilisation partielle été annoncée par Vladimir Poutine, suivie d’un nouveau cycle de répression. Des interpellations "préventives" des activistes, visant à faire peur, se sont encore déroulées dans les grandes villes. Le poète Artiom Kamardine, un ami des Pussy Riot, aurait subi des sévices de la part des forces de sécurité pour avoir lu un poème contre la guerre et contre la mobilisation dans le centre de Moscou.

En soutien aux personnes qui osent encore protester en Russie, des activistes du mouvement russe Résistance Féministe Anti-guerre en France ont marché dans les rues de Paris, habillées de noir. Elles nous ont rappelé que la Russie est prise dans une véritable spirale de la violence (...)