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Marie-Claude Saliceti
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Basta !
Bolloré perd définitivement son premier procès en diffamation intenté à Bastamag
Article mis en ligne le 10 mai 2018

Après cinq ans de procédure contre notre site d’information, la Cour de cassation vient de désavouer totalement et définitivement le groupe Bolloré qui nous attaquait en diffamation. Ce harcèlement judiciaire n’est pas pour autant terminé de la part de Bolloré : une seconde plainte sera jugée cet automne.

(...) Ce 7 mai, la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la multinationale présidée par Vincent Bolloré. Celle-ci avait déjà été déboutée de sa plainte en première instance, jugement qui avait été confirmé en appel, avant de se pourvoir en cassation.

Pour rappel, le groupe Bolloré a attaqué en diffamation un article publié en octobre 2012, intitulé « Bolloré, Crédit agricole, Louis Dreyfus : ces groupes français, champions de l’accaparement de terres ». Notre article pointait le rôle de grandes entreprises françaises dans le phénomène d’accaparement des terres en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Il mentionnait, entre autres, les activités du groupe Bolloré, via une holding luxembourgeoise, la Socfin. (...)

La Cour de cassation a confirmé que notre article s’inscrivait « dans un débat d’intérêt général sur l’achat et la gestion [de terres agricoles], par des multinationales de l’agro-alimentaire parmi lesquelles la société Bolloré » et reposait « sur une base factuelle suffisante » sans dépasser « les limites admissibles de la liberté d’expression ». La Cour de cassation désavoue ainsi totalement et définitivement les arguments de l’avocat de Bolloré, qui avait reproché aux journalistes de Bastamag, lors de l’audience en appel, d’avoir publié un article « insupportable » pour l’honneur de Vincent Bolloré, et d’avoir réalisé « un travail de cochon ».

D’autres sites et blogs avaient également été poursuivis pour avoir mentionné cet article : le site Rue 89 et son directeur de publication, Pierre Haski, pour avoir cité l’article dans sa revue de presse, la journaliste Dominique Martin Ferrari, qui a cité l’article sur sa page « scoop it », et deux autres personnes – Thierry Lamireau, retraité de l’Éducation nationale et Laurent Ménard, ébéniste – ayant intégré un lien vers l’article sur leurs blogs. L’arrêt de la Cour de cassation leur est également favorable. Il reconnaît que les publications ou personnes intégrant un lien sur leur site vers un article litigieux mais de « bonne foi » ne peuvent être complices de diffamation.

Cette décision de la Cour de cassation prolonge une série de revers judiciaires pour Bolloré et son partenaire commercial, la holding Socfin, face aux médias qui enquêtent sur leurs activités et le processus d’accaparement des terres. (...)

Pour Bolloré, comme pour d’autres multinationales, poursuivre médias, ONG et journalistes est une manière délibérée d’entraver leur travail. « En multipliant les procédures judiciaires dans des proportions inédites – quitte à les abandonner en cours de route –, le groupe Bolloré en a fait une mesure de rétorsion quasi-automatique dès lors que sont évoquées publiquement ses activités africaines », écrivions-nous, aux côtés d’autres journalistes et ONG (lire ici : Face aux poursuites-bâillons de Bolloré : nous ne nous tairons pas !). (...)

Cette première procédure, qui aura duré cinq ans depuis notre mise en examen, a coûté plus de 13 000 euros à notre modeste budget. C’est, en temps de travail rémunéré, l’équivalent d’une dizaine d’articles comme celui que nous avons publié et sur lequel la justice nous a donné raison. Dix articles que nous n’aurons pas écrits, autant d’informations pour « un débat d’intérêt général » qui n’auront pas été publiées, autant d’injustices qui n’auront pas été mises en lumière.

Les procédures lancées par la société Bolloré contre notre site d’information ne sont pas pour autant terminées : une seconde plainte en diffamation pour un article publié en octobre 2014 et intitulé « Accaparement de terres : le groupe Bolloré accepte de négocier avec les communautés locales » sera jugée à l’automne.