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Marie-Claude Saliceti
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Bondy Blog
Aux Ulis, un confinement avec supplément « violences policières »
Article mis en ligne le 11 avril 2020

Yassine et Sofiane ont eu le tort de mettre un pied hors de chez eux, la semaine dernière. Il en a coûté aux deux jeunes hommes une interpellation violente, dont chacun a conservé des séquelles. Les vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux et tous les deux ont porté plainte. Récit.

Depuis le début du confinement, les vidéos de violences policières dans les quartiers populaires fleurissent. A Aubervilliers, à Brétigny-sur Orge, à Strasbourg… Les exemples pleuvent de ce que le contrôle policier lié au confinement peut engendrer de pire.

La commune des Ulis, dans l’Essonne, présente la particularité d’avoir été le théâtre de deux scènes de ce type en quelques jours. Dans ce territoire populaire, le béton est partout, les habitants sont au nombre de 25 000 dont plus d’un tiers a moins de 25 ans, mais il n’a pas été jugé nécessaire de construire une gare pour les désenclaver.

Mais passons. En cette période de confinement, les policiers locaux se sont montrés bien décidés à faire appliquer le confinement, quitte à piétiner la loi et la dignité de chacun. La première vidéo qui a circulé ces derniers jours montre Yassine, 30 ans, le visage tuméfié. Il raconte son calvaire et comment il a été victime de violences policières, lundi 23 mars. (...)

Au BB, on fait marcher le réseau et on retrouve rapidement témoins et victimes. En temps normal, on aurait été les rencontrer sur place pour mieux comprendre, mais confinement oblige, on s’est contenté du téléphone.

« Dès que je prononçais un mot, ils me disaient de fermer ma gueule » (...)

Yassine rentre chez lui, aux Daunières, avec de multiples marques sur le visage. Et l’envie de ne pas en rester là : « Je me suis rendu dans la foulée au commissariat des Ulis, déterminé à déposer plainte, mais les agents sur place ont refusé. » Même son de cloche du côté de la gendarmerie de Gif-sur-Yvette à quelques kilomètres de là, assure-t-il. Yassine finit par aller faire constater ses blessures à l’hôpital d’Orsay. Résultat : traumatisme crânien sans fracture, à surveiller et 5 jours d’ITT, selon un certificat médical que le BB a pu consulter. (...)

24 heures après ce qui est arrivé à Yassine, une autre scène de violence avait lieu dans la ville. (...)

Olivier, lui, n’a presque pas été surpris. « C’est régulier aux Ulis, raconte-t-il. Soit ils nous embarquent, soit ils nous frappent dans des endroits où il y a moins de monde. La semaine dernière, ils ont attrapé un petit et l’ont massacré sous un pont. »

Sur les vidéos de l’interpellation de Sofiane, le temps paraît long. « La scène a duré une dizaine de minutes », assure le jeune homme. Mais pourquoi personne n’est-il descendu ? Le témoin, dépité, répond : « Les gens ont peur, avec le confinement on sait qu’ils ont carte blanche. »

Sofiane, livreur pour Amazon, a porté plainte pour « violences volontaires aggravées par personne dépositaire de l’autorité publique » et « non-assistance à personne en danger ». Son avocat a demandé l’ouverture d’une enquête par l’IGPN, la police des polices.

Face à ces refus, Yassine a saisi l’IGPN en ligne et réclame désormais une réponse de la maire Françoise Marhuenda. « Ce matin, j’ai encore tenté de la joindre sans succès », soufflait-il ce jeudi.

Quelques jours auparavant, l’édile avait écrit au ministre de l’intérieur et au préfet pour demander du renfort afin de faire respecter le confinement. Des courriers qu’elle avait publiés sur sa page Facebook. (...)