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Marie-Claude Saliceti
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Reporterre
Au Sénégal, les populations se mobilisent contre un projet de port à conteneurs
Article mis en ligne le 20 janvier 2020
dernière modification le 19 janvier 2020

À 50 kilomètres de Dakar, sur la Petite-Côte, le gouvernement sénégalais souhaite construire un immense port à conteneurs. Pour les habitants de Toubab Dialaw, la réalisation de ce projet serait une catastrophe écologique et sociale.

Des plages bordées de palmiers s’étendent à perte de vue, au pied de restaurants locaux et de pittoresques hôtels. Sur le littoral qui borde les villages de Yenne à Popenguine, en passant par Toubab Dialaw et Ndayane, le tourisme côtoie les activités de pêche traditionnelle, loin de l’effervescence de la capitale, Dakar, à une cinquantaine de kilomètres au nord. Un environnement préservé, qui serait menacé, selon l’association Ndougouman, par le projet de port à conteneurs annoncé par le gouvernement sénégalais il y a deux ans.

Le 25 septembre 2017, après une entrevue avec le chef d’État sénégalais, Macky Sall (réélu en 2019 pour un second mandat), le président de Dubaï Ports World, un opérateur portuaire émirati, a annoncé un investissement de 30 millions de dollars pour la réalisation d’un « port du futur » à Ndayane, sur la côte sénégalaise. Le gouvernement parlait alors d’un port d’un tirant d’eau de 20 mètres, qui accueillerait 1,5 million de conteneurs par an. (...)

Alors qu’à ce jour, aucune étude environnementale n’a été menée sur les conséquences d’un tel projet, les populations craignent que le port détruise la biodiversité du littoral. « Il y a des tortues qui viennent pondre sur la plage de la Pierre de Lisse, on a aussi déjà aperçu des baleines à bosse, raconte Massogui Thiandoume. Sans compter toutes les zones humides, de reproduction d’espèces, comme la lagune de Ndiongop, un parc à oiseaux. » Le projet affecterait jusqu’à la lagune de la Somone, classée réserve naturelle, à une vingtaine de kilomètres au sud de Ndayane. Pourraient également être touchées par le projet la réserve naturelle de Popenguine, la grotte sacrée du même village, où un pèlerinage catholique a lieu chaque année, des espaces culturels tels que Sobo Badé ou l’École des sables à Toubab Dialaw, ou encore, des fermes agroécologiques.

Au-delà des conséquences environnementales, pour Fatime Faye, vice-présidente de l’association, « ce serait un génocide contre le peuple lébou ». Les Lébous sont des peuples de pêcheurs traditionnels, qui vivent sur le littoral et partent en mer en pirogue. Cette militante, fille de Lébou, s’inquiète du sort de ces populations : « Si on leur empêche l’accès à la mer et qu’on leur prend leurs terres, que vont-ils devenir ? » (...)

« Au début, ils pensaient qu’il s’agissait d’un port de pêche : comme ce sont des pêcheurs, ils étaient contents ! » (...)

Pour l’heure, les résultats de l’enquête publique ne sont pas connus. Selon nos informations, ils pourraient être dévoilés en janvier. En théorie, s’ils sont négatifs, le projet ne devrait pas voir le jour.

Alors que le maire de Popenguine-Ndayane s’est montré en faveur d’un projet de port ne dépassant pas les 450 hectares, il a levé le ton face aux plans nécessitant des surfaces plus importantes. (...)

L’association Ngoudoucam continue d’informer les populations via les réseaux sociaux et tourne actuellement un film pour mieux sensibiliser sur les places publiques des villages. Deux réunions publiques qui ont rassemblé plus de 600 personnes, selon Massogui Thiandoume, ont été organisées cette année, et une lettre ouverte a été adressée au président Macky Sall. Une pétition est toujours en cours pour dire non au port et rassemble, à ce jour, plus de 1.200 signatures.

Pour la chercheuse en géologie Mariline Diara, il est important que tous les acteurs, associations et population des villages de Toubab Dialaw à Popenguine-Ndayane, échangent les informations disponibles et donnent leur point de vue fondé sur ces informations.