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Amis autrichiens, la démocratie “n’est jamais acquise”
Article mis en ligne le 27 juin 2021

Cet observateur polonais s’alarme des attaques contre la justice et les journalistes à Vienne : elles lui rappellent des événements vécus à Varsovie en 2016.

Quand le ministre des Finances autrichien Gernot Blümel a ostensiblement ignoré l’arrêt de la Cour constitutionnelle et refusé de communiquer à la commission d’enquête parlementaire Ibiza [mise en place suite au scandale de corruption qui a touché le gouvernement conservateur allié à l’extrême droite en 2019] les documents qu’elle avait demandés, je me suis senti pour la première fois comme à la maison dans la vie politique autrichienne. Chez nous, le démantèlement de la démocratie et de l’État de droit a commencé il y a six ans avec l’arrivée au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS). Une grande partie de ce qu’on voit aujourd’hui à la une des journaux autrichiens a fait jadis les gros titres en Pologne.

La façon dont le gouvernement traite la Justice, par exemple. Bien sûr, on pourrait minimiser cet incident. Qu’est-ce qui s’est passé de si dramatique ? Un ministre ignore la Cour constitutionnelle. Les juges suprêmes se tournent vers le président de la République Alexander von der Bellen. Celui-ci rappelle publiquement à l’ordre le ministre des Finances. Le ministre remet docilement les dossiers à la commission d’enquête et l’incendie politique est éteint. Guat is g’angen, nix is g’schehn (c’est bon, y s’est rien passé), dirait-on en viennois.

En Pologne, une Cour constitutionnelle aux ordres

D’un point de vue polonais en revanche, il s’est passé quelque chose de très grave, même si on ne s’en rend pas vraiment compte en Autriche. Quand la Pologne a franchi le Rubicon en 2016, nous en avions tout aussi peu conscience au début. C’est pourtant parfaitement clair : si la Cour constitutionnelle autrichienne prend à l’avenir une décision dirigée contre le gouvernement, les ministres oseront facilement boycotter les juges suprêmes. Le fait que Blümel soit resté en fonction malgré son comportement scandaleux montre que le non-respect du juge constitutionnel ne porte pas préjudice aux responsables (...)