En Allemagne, trois demandeurs d’asile poursuivent l’État en justice pour avoir accédé aux informations personnelles présentes dans leurs téléphones portables. L’exploitation de certaines données constituerait une "sérieuse atteinte" à leur vie privée.
En 2015, le Syrien Mohammad A. obtenait le statut de réfugié en Allemagne. Quatre ans plus tard, l’Office fédéral allemand des migrations et des réfugiés (BAMF) décide de réexaminer son dossier, sans lui fournir la moindre justification. Pendant cette procédure, les autorités passent au peigne fin le smartphone de Mohammad A.
"Tout à coup l’employé du BAMF m’a dit de lui donner mon téléphone et de le débloquer", explique le Syrien de 29 ans dans une déclaration publiée par la Society for civil rights (GFF), une ONG de défense des droits civiques basée à Berlin. "Je ne savais pas ce qui se passait. On ne m’a rien expliqué. Mais j’avais peur de me faire expulser. Je lui ai donc donné mon téléphone portable. J’avais l’impression de lui remettre toute ma vie."
Dans le cadre d’une loi passée en 2017, les autorités allemandes ont la possibilité d’accéder au contenu des téléphones portables des demandeurs d’asile qui seraient dans l’incapacité de présenter un passeport valide au moment de leur arrivée dans le pays. L’objectif affiché est d’obtenir des informations sur leur identité. Mais le GFF, qui a déposé la plainte collective avec les trois réfugiés, affirme que cela représente "une atteinte particulièrement sérieuse à la vie privée des personnes concernées". (...)
Une loi inefficace
La loi est censée éviter les "abus en matière d’asile" et détecter les déclarations frauduleuses, de nombreux réfugiés ne pouvant pas présenter aux autorités allemandes un passeport valide. Cependant, selon le GFF, les milliers de recherches effectuées sur des portables n’ont quasiment permis aucune découverte d’informations erronées.
"Le BAMF ne respecte pas les règles de la Constitution exigeant que l’État donne son autorisation pour l’accès aux données personnelles", affirme Lea Beckman de GFF à Reuters. (...)
Des réfugiés mal informés
Le GFF estime que l’office allemand devrait se servir des téléphones portables en tout dernier recours. L’ONG pense qu’il existe d’autres moyens moins drastiques pour établir avec certitude l’identité d’une personne, d’autant que l’examen de données recueillies sur les mobiles peut conduire à des conclusions erronées. Et le BAMF est également critiqué pour son manque de transparence et le peu d’informations fourni au sujet du logiciel utilisé pour lire et analyser les données.
Plus généralement, comme le rapporte Reuters, le Conseil mondial pour les réfugiés a averti que la collecte de données se fait souvent sans le consentement des réfugiés et que la plupart ne savent pas comment ces informations sont exploitées. (...)