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À la campagne, où sont passés les chemins d’antan ?
Article mis en ligne le 24 avril 2022
dernière modification le 23 avril 2022

Érodés, labourés, annexés par des riverains... Une bonne partie des chemins ruraux ont disparu des campagnes. Des associations tentent de les récupérer, parce qu’ils sont précieux pour la biodiversité et qu’on aime s’y balader.

À l’image des haies, qui ont progressivement disparu des campagnes depuis les années 1950, les chemins ruraux connaissent pareil effacement des paysages. Autrefois, ce réseau, rarement goudronné, servait de connexion entre les fermes, les hameaux, les lieux-dits et les communes. Il est tombé en désuétude, sauf auprès des agriculteurs, avant de retrouver au fil du temps un intérêt aux yeux des promeneurs, randonneurs ou sportifs. Mais ces décennies de peu d’égards ont accéléré sa disparition. Dans un rapport rendu en 2014, le sénateur Yves Détraigne (Union centriste) regrettait « qu’aucune donnée quantitative précise ne semble disponible », et estimait toutefois à « quelque 250 000 kilomètres » la disparition des chemins ruraux — sur un million de kilomètres. Il n’était pas le seul à s’en préoccuper : des associations d’usagers ont vu le jour afin de les récupérer. Chemins du Nord Pas-de-Calais-Picardie a été l’une des premières.

Érosion naturelle, labour, ensemencement, annexion par des riverains... (...)

un défaut d’entretien, l’érosion naturelle, le labour, l’ensemencement ou l’annexion par des riverains ayant eu envie d’agrandir leur parcelle à peu de frais. « Et un voleur ne rend pas facilement ce qu’il a volé », dit Jacky Boucaret, membre de l’association Vie et paysages et animateur du collectif Chemins en danger. Les agriculteurs sont souvent pointés du doigt pour ces captations de passages entre deux champs. (...)

Dans d’autres cas, il s’agit de propriétaires ne voulant pas de passants près de chez eux. Surtout s’ils possèdent des domaines de chasse.

« dommage que les habitants se promènent avec des poussettes sur la route principale alors qu’il y a plein de chemins. Le Covid-19 a amplifié les choses. Avant, c’était plateau télé. Avec le confinement, ils sont davantage sortis, je les voyais poster des photos sur Facebook », raconte-t-il. Le maire a fait recenser les chemins de sa commune, tous états confondus, par l’association Chemins du Nord Pas-de-Calais-Picardie. Il y a près de 10 kilomètres. À terme, avec le développement du tourisme rural, il aimerait créer un circuit autour du village. (...)

« Les bandes enherbées sont des auxiliaires de culture. Les arbres ou les haies font office de brise-vent, luttent contre l’érosion des sols, participent à la retenue des eaux de ruissellement. Ils permettent aussi d’accueillir de nombreux animaux : des faisans, des chevreuils, des passereaux, des insectes », détaille le chargé de mission. « Ils sont un élément de rupture dans le paysage », confirme Stéphane Le Gros, responsable des services techniques de la Fédération des chasseurs de l’Aisne. « Au début des années 2000, une étude a été menée : 80 % des nids de perdrix sont situés à moins de 30 mètres d’un chemin. C’est une voie de déplacement pour les humains, mais aussi pour la faune » (...)

Dans les toutes petites communes, l’attachement à ces chemins est important (...)

L’association coordonne également les actions de reconquête ou d’entretien de ces sentiers, tente de sensibiliser le public et les élus. Le travail de communication commence à payer. « De plus en plus de communes sont intéressées. Dans les toutes petites, l’attachement à ces chemins est important. L’envie de les rouvrir est fort » (...)

Paradoxalement, c’est aussi dans ces territoires très ruraux qu’« il y a le plus de poches de résistance » (...)

Le statut particulier de ces chemins ruraux complique le travail de récupération. La loi de 1881 les reconnaissait comme des voies communales publiques affectées à l’usage des citoyens. Une ordonnance de 1959 les a fait passer dans le domaine privé de la commune, qui n’en a donc pas l’obligation d’entretien. La municipalité peut aussi, dans des cas bien précis, vendre un chemin. Surtout, cette loi du siècle dernier laisse la porte ouverte à la « prescription acquisitive » [1]. Si un riverain possède, aux yeux de tous, un chemin sans interruption pendant trente ans, on considère qu’il lui est acquis. En cas de contestation, l’affaire est jugée au tribunal administratif. (...)

nouvelles dispositions adoptées en février par la loi 3DS. Elle donne la possibilité au conseil municipal, par délibération, de décider le recensement les chemins ruraux de son territoire. Ce qui suspend temporairement le délai de prescription acquisitive. La loi permet aussi un échange de parcelles. (...)