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À Sivens, la bataille pour restaurer la zone humide commence
Article mis en ligne le 30 mai 2016

Les travaux de construction d’un barrage dans la zone humide du Testet ont cessé il y a maintenant un an et demi. Les dégâts écologiques commis sont importants. Les associations réclament la restauration environnementale du site. Une mobilisation en faveur de la renaissance de la zone humide est attendue mardi 31 mai à Albi.

Poussières de terre, soleil de mai et surtout : du vent. Ainsi nous accueille la vallée du Tescou. La brise autrefois paisible se mue en rafales, en ce printemps 2016, dans ce coin du Tarn. « Autrefois océanique, le climat est en train de devenir méditerranéen », observe Christian Conrad, naturaliste de l’association Apifera. C’est aussi qu’aux abords du Tescou, la rivière, il n’y plus ni arbre ni fourré pour arrêter les bourrasques au travers des quarante hectares de la zone du projet de retenue d’eau de Sivens. Bien des mois ont passé depuis l’arrêt soudain des travaux, en octobre 2014, à la suite de la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive lancée par des gendarmes mobiles.

Pour celle ou celui qui n’est pas familier des lieux, presque rien ne laisse entrevoir la violence qui a eu cours ici. Seules, à quelques mètres, des repousses d’une souche d’arbre en cépée, un improbable cœur formé avec des capsules de grenades vient marquer le lieu de la mort de Rémi Fraisse. (...)

on fait désormais face à quelques mares peu vivantes, un sol par endroits craquelé, desséché et des bords de rivière ravinés depuis l’arrachage des souches d’arbres. Un élément qui fait bondir le naturaliste, car c’est l’une des multiples irrégularités dans le chantier avorté du barrage. (...)

Au total, près de trois hectares de zone humide auraient été illégalement détruits et un hectare est déjà fortement dégradé. Des malfaçons documentées, photographiées et même parfois constatées par huissier qui ont conduit l’association Nature Midi-Pyrénées a déposer une plainte, le 27 novembre 2014, au tribunal administratif. Plainte classée sans suite le 15 avril dernier, « les faits n’ayant pas pu être clairement établis », selon les juges d’Albi. (...)

Plus étonnant : le même sort fut réservé à une plainte émanant de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) qui signalait, en plus des éléments précités, la disparition d’un certain nombre de mesures pourtant en place avant le début du chantier : ornières pour la protection des tritons, refuges pour les couleuvres et frayères pour les poissons. Des éléments pourtant retenus comme conditions essentielles pour déroger à la destruction d’espèces protégées. (...)

C’est dans ce contexte que débute depuis janvier un « projet de territoire ». Nouvel avatar de la politique d’irrigation pour les uns, moyens de réaliser enfin une véritable concertation pour les autres, il en est encore à ses prémices. (...)

Si les discussions n’ont pas encore eu lieu, on s’orienterait vers une retenue d’eau localisée à 330 mètres en amont du site initial avec d’un volume diminué de moitié. Objectif : retours des auditions des participants au projet d’ici le mois de juillet pour démarrer en septembre le projet de territoire.
Les mesures de réhabilitation étaient pourtant promises par Ségolène Royal

Problème pour les associations : avant d’envisager tout nouveau projet, il faut réparer les dégâts de l’ancien. Raison pour laquelle, après avoir rencontré le préfet pendant l’hiver, le collectif Testet, l’Upnet et France nature environnement 82 ont posé deux conditions essentielles à leur participation au processus : la réhabilitation de la zone humide mais également la restitution des terres aux deux agriculteurs qui ont été expropriés.

Suite à l’envoi de courriers précisant la position des associations, le ministère de l’Environnement s’est contenté d’une réponse laconique : « La démarche fera l’objet de tout l’intérêt qu’elle mérite. » (...)

les agriculteurs attendent toujours la restitution de leurs terres. Ironie du sort, c’est M. Escande, pourtant farouche partisan du barrage, qui réclame aujourd’hui réparation. En effet, une convention passée en août 2014 prévoyait d’échanger des terres sur l’emprise du barrage contre d’autres, à l’extérieur, avec notamment l’acquisition de la Métairie-Neuve et des parcelles qui l’entourent. Sauf que, depuis, le département a fait détruire la veille ferme pour éviter toute réoccupation par des opposants au barrage. L’agriculteur vient de lancer un appel via son avocat pour obtenir réparation. Son voisin, Pierre Lacoste, a quant à lui perdu quatre hectares depuis l’été 2014, soit 10 % de sa surface totale. Dans une lettre ouverte, la Confédération paysanne du Tarn a elle aussi suspendu sa participation au projet de territoire à la restitution de ces terres. (...)

au Conseil départemental, on renvoie à la CACG et on appelle « chacun à y mettre du sien ». La réponse paraît insuffisante au collectif Testet, qui, un an et demi après les premières interpellations, après de nombreux courriers sans réponse, a décidé désormais d’appeler à nouveau à se mobiliser avec un rassemblement prévu demain, le 31 mai, devant le siège du Conseil départemental du Tarn, à Albi. Objectif : une « casserolade », pour faire du bruit et prévenir : « Si aucune initiative n’est prise par le préfet ou le président du Conseil départemental du Tarn dans les prochaines semaines, le Collectif se verra dans l’obligation d’appeler ses membres et sympathisants à procéder par eux-mêmes à la réhabilitation de la zone humide du Testet et des terres agricoles. Des premiers travaux citoyens auraient alors lieu sur place à Sivens lors d’un week-end fin juin et se poursuivraient, si nécessaire, lors d’un camp d’été au mois d’août. » (...)