Blary vit a Daloa, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Le 3 août dans la nuit, son fils Diarra lui écrit : il prend la mer depuis Sfax, en Tunisie, pour aller en Europe. Depuis, le père de famille n’a plus de nouvelles.
"Le dernier message que j’ai reçu de Diarra, c’était le jeudi 3 août à 1h27. Il prenait la mer pour l’Europe. Depuis, il n’a plus donné signe de vie. Trois semaines avant, il avait déjà essayé de traverser la Méditerranée. Mais son bateau a été arrêté en pleine mer par les garde-côtes tunisiens. Il m’a appelé à ce moment-là, j’entendais les passagers supplier les policiers de les laisser aller en Europe. Mais tout le monde a été ramené en Tunisie ce jour-là.
Je crois que Diarra n’avait pas peur de la traversée. Un ami à lui avait réussi, ça l’a encouragé. Il s’est dit : ’moi aussi je peux le faire’.
(...) Mon fils a grandi à Daloa, dans le centre de la Côte d’Ivoire. Il étudiait l’histoire-géo à l’université. Avant de partir, il avait passé deux concours pour entrer dans les forces de l’ordre ivoiriennes. L’examen de la gendarmerie, il ne l’a pas eu, mais il a réussi la première étape de celui de policier.
Malgré ses projets ici, la Méditerranée, il m’en avait déjà parlé. Sur les réseaux sociaux, il avait vu des Ivoiriens comme lui qui se prenaient en photo, qui disaient que la France, par exemple, c’était l’eldorado. (...)
Je lui avais dit que ce n’était pas la bonne manière, que c’était dangereux. À Daloa, il y a aussi des associations qui sensibilisent les jeunes aux dangers de la route vers l’exil. Mais ça n’a pas suffi. (...)
Un jour sans que je le sache, il a quitté le pays. Il est allé en Tunisie en avion, dans le but de rejoindre ensuite l’Italie.
"Plusieurs de ses camarades ont été arrêtés"
Diarra est arrivé en Tunisie le 1er février 2023. Ce pays, ce n’était qu’une étape pour lui.
À Sfax, la vie était compliquée. Il faisait de petits travaux sur les chantiers pour gagner un peu d’argent. Depuis début juillet, c’était encore plus difficile. À cause des violences dans la ville, il vivait caché. Plusieurs de ses camarades ont été arrêtés et emmenés par la police, alors il ne voulait plus sortir. Il avait peur. (...)
Il y a quatre possibilités : soit Diarra a été secouru par les garde-côtes tunisiens, soit par les libyens, un bateau d’ONG ou bien il est mort. Sa mère n’y croit plus, elle pense qu’il s’est noyé. Elle dit que Diarra était tout le temps sur son téléphone, alors s’il était en vie, il nous appellerait, nous enverrait au moins un message. Toute la famille est très affectée par ce silence. (...)