Depuis le début de l’année, plus de 1 000 migrants sont morts en Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes. Un chiffre jamais enregistré aussi tôt dans l’année depuis les premiers recensements de l’Organisation internationale des migrations (OIM) en 2014. Comment expliquer cette hausse ? Entretien avec Soazic Dupuis, directrice des opérations de SOS Méditerranée, et Arnaud Banos, directeur de recherches au CNRS, spécialiste des migrations maritimes.
(...) Soazic Dupuis : Lors de nos missions en mer, on rencontre davantage de canots pneumatiques. Ce mode de transport avait été délaissé au profit de bateaux en fer en 2023 / 2024 mais désormais les pneumatiques, plus dangereux car encore moins adaptés à une telle traversée, sont de retour.
Par ailleurs, les embarcations sont davantage surchargées, un facteur qui augmente aussi les risques de naufrage.
Arnaud Banos : De plus en plus, les migrants sont empêchés de partir aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE). Cette pratique consistant à bloquer les exilés s’est généralisée ces dernières années. (...)
Dans le même temps, on constate en effet que les traversées sont devenues plus dangereuses. Moins de personnes parviennent à rejoindre les côtes européennes mais davantage décèdent.
En 2025, environ 66 000 migrants sont arrivés de manière irrégulière en Italie. Si ce chiffre était similaire en 2024, il était deux fois plus élevé en 2023 avec plus de 150 000 arrivées enregistrées dans le pays.
Lorsque les personnes ne sont pas empêchées de passer, elles cherchent le chemin le plus court pour atteindre leur objectif ainsi que les conditions de traversée les moins dangereuses. Quand les conditions optimales de départ ne sont pas réunies, les gens ne renoncent pas à la traversée pour autant, ils cherchent d’autres alternatives, plus risquées. Les personnes sont prêtes à embarquer, y compris dans des conditions dégradées (bateaux en mauvais état, canots surchargés…), car elles n’ont pas le choix.
InfoMigrants : Comme le fait de prendre la mer en plein hiver ?
Arnaud Banos : Désormais en effet, les départs se font aussi bien l’été que l’hiver. Lorsqu’on impose des contraintes sur les départs, les dégradations des conditions de traversée incluent également les conditions météorologiques.
Les exilés embarquent avant la fin des mauvaises conditions météorologiques (comme lors d’une tempête) pour éviter d’être repérés mais cela augmente les risques de naufrage. (...)