Le grimpeur-arboriste Thomas Brail s’est perché dans l’un des platanes proche de la tour Eiffel. Il veut protéger ces arbres menacés par la construction d’une bagagerie pour touristes et dénoncer plus généralement l’industrialisation des forêts françaises.
Les touristes en visite à la tour Eiffel n’en croient pas leurs yeux. Entre deux selfies avec la Dame de fer, ils dégainent leurs téléphones pour immortaliser un curieux funambule perché dans un immense platane bordant le célèbre monument. Juché sur des grosses branches, le grimpeur-arboriste Thomas Brail a installé son campement depuis le 30 mai dans ce colosse végétal afin de dénoncer un projet d’urbanisation des jardins entourant le monument historique. Près de 42 arbres sont menacés par la construction d’une bagagerie pour les touristes et des bureaux administratifs pour le personnel du monument. Le projet, baptisé OnE, n’est pas nouveau et avait déclenché l’ire des écologistes et des associations de défense du patrimoine ces dernières semaines.
Face à la fronde, la mairie s’était engagée à revoir ses plans pour éviter tout abattage. Mais les militants qui entourent Thomas Brail restent méfiants et doivent être reçus vendredi pour discuter de l’avenir du site. Ils réclament une révision complète du projet et l’assurance que les jardins ne seront pas bétonnés. (...)
Cette association, créée par Thomas Brail en 2019, compte désormais plus de 70 antennes dans toute la France. Et les appels à l’aide affluent tous les jours. (...)
L’intérêt pour la préservation des arbres semble aller croissant : en témoigne l’engouement des passants au pied du platane occupé. « Même la police est amicale et nous exprime son soutien », s’amuse Fabrice Fortner, éducateur grimpe d’arbres et acolyte de Thomas. C’est lui qui harnache les nombreux journalistes qui se sont succédé depuis le début de l’action. (...)
Sauf que l’équipe n’est pas là pour faire du tourisme. Si le sort des platanes de la tour Eiffel a largement ému le grand public, c’est loin d’être le cas du reste des forêts françaises, qui meurent dans le silence médiatique. Thomas Brail en est bien conscient. « Je me suis accroché ici car ce qui se passe aujourd’hui sur le Champ de Mars se passe dans toute la France. » (...)
Déjà en 2019, il était resté perché 28 jours dans un arbre face au ministère de la Transition écologique afin de dénoncer les coupes abusives dans les forêts du Sud-Ouest. À l’époque, Élisabeth Borne était ministre de l’Écologie et l’avait félicité dans un tweet. Elle assurait partager ses préoccupations et promettait la mise en place d’un groupe de travail dédié.
Pour se rappeler au bon souvenir de celle qui est aujourd’hui Première ministre, Thomas Brail a imprimé cet ancien tweet sur une banderole qui se balance entre les branches de son platane occupé. Car trois ans après cette déclaration d’intention, rien n’a changé (...) Le gouvernement a introduit une disposition simplifiant leur abattage si jamais ils font obstacle aux projets d’aménagement du territoire. (...)
Toujours perché dans son arbre, Thomas Brail a précisé qu’il n’était pas un ennemi de la filière bois : « Nous ne sommes pas ici pour taper sur eux. Je vis à la campagne et je me chauffe au bois, je n’ai pas honte de le dire. En revanche, il s’agit de revoir la manière dont on gère nos forêts. Et si les professionnels ne veulent pas changer, ce sont les citoyens qui vont leur imposer. »
Le grimpeur-arboriste compte rester suspendu jusqu’à ce qu’Élisabeth Borne, la Première ministre, Amélie de Montchalin, la ministre la Transition écologique et Marc Fesneau, celui de l’Agriculture, acceptent de le recevoir. Et assure qu’il fera preuve de patience.