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A La Courneuve, le plus grand parc populaire d’Ile-de-France est menacé par les promoteurs
Article mis en ligne le 30 juillet 2016
dernière modification le 25 juillet 2016

Avec ses buttes couvertes de bois ou de fleurs, ses prairies et ses lacs, le parc Georges Valbon n’a rien à envier aux jardins du château de Versailles. Situé au coeur de quartiers populaires, il accueille de nombreuses familles. Mais ces terrains, proches de Paris, attirent les promoteurs immobiliers.

D’un côté de la deux fois trois voies, des barres d’immeubles. De l’autre, des grilles surplombées de hauts arbres. Sitôt passée l’entrée du parc, un paysage de grandes étendues d’herbes et de petites buttes boisées fait oublier le brouhaha de la ville. La fraîcheur accueille le promeneur estival. On respire.

En plein cœur de la Seine-Saint-Denis, les 400 hectares du parc Georges Valbon, ou parc de la Courneuve, s’étalent entre les cités Floréal, à Saint-Denis, la cité des 4.000, à la Courneuve, ou encore la cité des Trois-Rivières, à Stains. C’est le troisième parc d’Île-de-France, après le bois de Boulogne et celui de Vincennes. (...)

« Il y a des cascades, des aménagements, des paysages : c’est magnifique ! dit-elle. Et puis, il y a plein d’activités : avec la Maison du parc, les enfants ont fait des ateliers potager et ont fabriqué un hôtel à insectes. Moi, j’ai appris à fabriquer des crèmes de soin bio. » Ses amies poursuivent l’énumération : tours de poney et de calèche, accrobranche à certaines périodes de l’année, barques, voiturettes, jeux pour enfants et jeux d’eau. À l’évocation de la possibilité de projets immobiliers sur le parc, notre Stanoise réagit : « Oui, j’en ai entendu parler. Ça gâcherait le paysage ! Il y a une manifestation ce dimanche, je vais essayer de venir. » (...)

« Ce parc, c’est notre jardin commun »

Les premiers travaux ont débuté dans les années 1960. En cette époque de trente Glorieuses, les élus de la ceinture rouge n’hésitaient pas à lancer d’ambitieuses politiques publiques en faveur des classes populaires. Les prairies, les sentiers, les bois, les lacs, les étangs, les cascades, les coteaux ont été créés par tranches, jusqu’en 2003. Aménagé sur d’anciennes terres maraîchères, le parc est devenu un lieu d’accueil de la biodiversité, classé Natura 2000. Le département a recensé jusqu’à 44 espèces d’oiseaux dans certaines zones. Une espèce de héron menacée en Europe, le Blongios nain, s’y reproduit, de même que le crapaud calamite, rare en région parisienne. (...)

Cette ancienne élue de Saint-Denis a commencé à s’inquiéter il y a environ un an et demi, au printemps 2015, quand elle a entendu parler du projet de « Central Park » de l’architecte Roland Castro. Dans le cadre du Grand Paris, il propose la construction d’un écoquartier de 24.000 logements sur 80 hectares empruntés au parc. Le projet « contribuerait au bonheur de ses habitants autant qu’au prestige de notre pays, il serait un élément visible et sensible du rêve français », vante alors le cabinet d’urbanisme. Le Premier ministre, Manuel Valls, propose d’en faire une opération d’intérêt national, et le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel (PS), le considère comme une « opportunité pour le département ».
« Amener de nouvelles populations plus aisées »

Mais très vite, des voix se sont élevées. Deux collectifs se sont créés. Le Collectif pour la défense et l’extension du parc de la Courneuve-George-Valbon, qui regroupe associations, syndicats et élus de divers partis, a lancé une pétition qui a récolté 6.000 signatures. Le second, le collectif Notre parc n’est pas à vendre, a décidé d’organiser un pique-nique tous les dimanches. (...)

Tous dénoncent un projet immobilier imaginé pour les riches, au détriment d’un équipement utilisé par les pauvres. « Non loin, ils veulent développer l’aéroport d’affaires du Bourget, et aussi construire le grand centre commercial et de loisirs Europacity. Le projet Central Park s’inscrit dans l’idée d’amener de nouvelles populations plus aisées dans cette partie de la Seine-Saint-Denis, et de valoriser économiquement un parc qui ne rapporte quasiment rien et qui coûte cher à entretenir », explique Étienne Penissat, sociologue et chargé de recherches au CNRS, membre du premier collectif. « Ils veulent construire la métropole du Grand Paris au détriment des populations qui y vivent, les repousser toujours plus loin », craint Claudie, elle aussi impliquée dans même collectif. « Et puis, on connaît les enjeux climatiques, on sait que s’il y a réchauffement, les gens vont avoir besoin de lieux comme ça pour se ressourcer. »

Devant la fronde, Stéphane Troussel a retiré son soutien. Et à l’automne 2015, le « Central Park » de Roland Castro n’a pas fait partie des opérations d’intérêt national annoncées par Manuel Valls. Les habitants ont poussé un premier ouf de soulagement. Mais l’idée de grignoter le parc par ses franges n’est pas abandonnée des élus et promoteurs, loin de là. « Maintenant, ils veulent nous faire Central Park par petits bouts, c’est toute une série de projets qui menacent la zone », explique Étienne Pénissat. (...)