Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
A Bordeaux, la justice poursuit l’opposant au golf, mais pas son agresseur conducteur d’engin
Article mis en ligne le 30 juillet 2016

Ce vendredi 29 juillet, un opposant au projet de golf de Villenave-d’Ornon passe en jugement à Bordeaux. Un ouvrier l’accuse de violence lors d’une opération de blocage du chantier, alors que les militants présents le jour de l’incident estiment au contraire avoir été mis en danger par le conducteur d’engin.

Les faits remontent au 24 juin. Les opposants occupaient alors depuis une semaine le site de la Plantation, à Villenave-d’Ornon, tentant de bloquer le chantier d’aménagement du terrain de golf. Ce matin-là, une seule pelleteuse était en activité sur le site, face à neuf activistes. Son conducteur, ouvrier de l’entreprise Vigier, une des entreprises locales engagées par les promoteurs de l’ensemble « golfo-immobilier » (Vizzion Europe et NGF Golf), accuse l’un des opposants de lui avoir lancé de la terre et des cailloux à la figure. Après avoir bénéficié d’une interruption temporaire de travail de dix jours (pour traumatisme psychologique), il a porté plainte pour violences avec arme en réunion. (...)

les opposants témoignent d’une toute autre version des faits. « La veille, nous étions allés discuter avec les ouvriers, à leur invitation, raconte Michelle (un pseudonyme). Certains avaient peur pour leur machine, voulaient qu’on les laisse travailler. D’autres auraient aimé que nous fassions une action pour prouver qu’ils ne pouvaient pas travailler et pouvoir toucher une indemnité en se retirant », poursuit-elle. « On était parvenu à une sorte d’accord avec eux, en disant qu’il n’y aurait aucune dégradation sur leurs machines. Car, s’il y a des dégâts, ce sont eux qui doivent payer les réparations », explique Jean-Baptiste, un autre militant bordelais. (...)

Pourtant, les choses ne se sont pas passées comme prévu, ce vendredi matin. « Le chauffeur n’a pas coupé le moteur, comme il en a l’obligation, selon ses employeurs eux-mêmes, mais nous a foncé dessus », relate Alexandre Mahfoudhi. Puis, arrivé à leur niveau, il fait tournoyer plusieurs fois le bras de sa pelle à hauteur d’homme, selon les différents témoignages qu’a recueillis Reporterre. « Son geste était beaucoup trop dangereux. Pour moi c’est une tentative de meurtre : il a fait au moins une quinzaine de tours sur lui-même », raconte Jean-Baptiste.

Mahfoudhi explique avoir alors cherché à aveugler le conducteur en lançant de la terre sur sa cabine, un geste qu’il regrette : « Je reconnais que c’était pas très malin, mais sur le coup, j’étais énervé. J’ai longtemps travaillé dans l’humanitaire, au Kivu [en République démocratique du Congo], au Darfour [au Soudan], au Rwanda, donc j’ai une certaine expérience en gestion de risques, et ce matin-là, je pensais la situation sécurisée. Mais il m’a vraiment fait peur, c’était une mise en danger considérable, très impressionnante », poursuit le militant. (...)

« Je ne pense pas qu’il voulait nous tuer, juste nous impressionner. Il devait vouloir partir et a dû prendre peur », d’après Michelle, tandis que Jean-Baptiste parle d’une « grosse incompréhension » entre le conducteur et les militants, qui avançaient pacifiquement, à visage découvert. Reporterre a contacté l’entreprise Vigier, qui n’a pas répondu. (...)

Après ce dérapage, les militants ont hésité à déposer plainte. « Ce n’est pas trop dans mes pratiques et je ne voulais pas qu’on se retrouve en conflit judiciaire avec cet employé. L’enjeu de notre lutte n’est pas de se battre avec les ouvriers, parce qu’ils sont utilisés par d’autres au-dessus d’eux », estime Michelle. Mais, en raison de la gravité estimée des faits, six des neuf militants décident de se rendre au commissariat le plus proche, à Bègles. « Il était 17h45, ils fermaient à 18h, et nous ont dit de revenir lundi », racontent-ils. Seul l’un d’eux, Jean-Baptiste, se rend alors dans le commissariat central de Bordeaux, où il parvient à porter plainte pour violence avec arme. Le lundi suivant, Alexandre Mahfoudhi ainsi que Éric Pététin, présent au moment des faits, essaient à leur tour de déposer une plainte à Bordeaux : refusée. Dans un enregistrement sonore de la scène, que Reporterre a écouté, on entend une policière demander : « Vous avez été blessés ? Alors vous n’avez pas été attaqués », avant d’expliquer qu’une première procédure (la plainte de Jean-Baptiste) ayant été engagée, la police ne compte pas en ouvrir une nouvelle. Mais à ce jour, Jean-Baptiste reste sans nouvelle de l’avancée de sa plainte.

La semaine dernière, l’avocate d’Alexandre Mahfoudhi a donc déposé une nouvelle plainte, « directement au procureur », contre le conducteur de la tractopelle, pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. Me Saurat-Fontagnere déplore l’attitude de la police, ainsi que celle de la justice (...)

un weekend de mobilisation se prépare pour les 13 et 14 août. « Nous ne sommes pas assez nombreux à vouloir et à pouvoir occuper le site, donc ça ne serait pas raisonnable de lancer une réoccupation. Mais ce weekend permettra de rassembler les composantes de l’opposition au golf, de réfléchir et de structurer le mouvement », explique Michelle. Le rendez-vous est donné samedi 13 sur les terres de Christophe Guénon, agriculteur et porte-parole de la Confédération paysanne 33, également opposé au golf, à 3 km de la Plantation. Avant de se rendre sur le site pour y pique-niquer le dimanche. (...)