Unique protecteur d’une dizaine de réserves naturelles, Salem Bousaïs s’emploie à protéger, avec les très maigres moyens dont il dispose, la faune et la flore de zones mises à mal par l’activité humaine et la guerre, qui fait rage au Yémen depuis 2014.
Depuis 2014 et le début de la guerre où le Yémen s’abîme, cette petite réserve est en piteux état. Un égout à ciel ouvert traverse ses 19 hectares de lagons, de marais et de plages, piquetés de palmiers doum. Les eaux usées s’écoulent d’une usine de traitement voisine, mise à l’arrêt par des pillages. (...)
C’est une conséquence négligée des conflits armés : au Yémen, pays pauvre, désertique en large part et très peu industrialisé, la nature souffre avec les hommes. Cela est dommageable pour le chevalier gambette comme pour 13 à 15 millions de Yéménites, qui dépendaient avant-guerre des ressources de leurs campagnes pour se chauffer, pour se nourrir, eux et leurs bêtes, se soigner, se loger.
M. Bousaïs, doux géant de bonne humeur, est depuis 2020 l’unique employé de son département, voué à la protection de dix réserves naturelles. Il ne dispose d’aucun budget. Son petit bureau lui est alloué par l’université. Don Quichotte des salants, il fait ce qu’il peut dans l’indifférence générale. « Tous les experts sont partis, personne n’aurait assumé ce travail si je ne m’étais pas dévoué et j’aime la nature », dit simplement ce spécialiste des reptiles.
« Mon travail est ingrat »
Sa principale activité consiste à documenter, avec l’aide d’un réseau d’informateurs locaux, la dégradation de ses réserves, victimes de paysans locaux, d’entrepreneurs du bâtiment, parfois de milices armées. Puis il frappe aux portes du ministère de l’environnement, à Aden, et contacte les autorités locales. « La plupart du temps, elles ne font rien. Mon travail est ingrat… J’ai même du mal à appeler cela un travail… Mais il nous faut être humbles et patients », soupire-t-il. En janvier, M. Bousaïs a connu une rare victoire. Les milices qui règnent sur Aden ont daigné envoyer quelques gardes, pour veiller sur les tortues à bec de faucon, qui nidifient en cette saison sur l’île protégée d’Al-Azizi. Ces gardes y sont restés une journée. Puis ils ont abandonné les tortues aux gourmands de passage, qui font festin de leur chair. (...)