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227 activistes de l’environnement assassinés en 2020, un record
Article mis en ligne le 15 septembre 2021
dernière modification le 14 septembre 2021

D’après le rapport annuel de Global Witness, l’année 2020 établit un nouveau record de défenseurs et défenseuses de l’environnement assassinés. La Colombie arrive en tête des pays les plus dangereux et les autochtones ont été les plus ciblés par ces attaques liées à l’exploitation des ressources.

(...) C’est le plus lourd bilan jamais enregistré : 227 activistes de l’environnement, dont 23 femmes, ont été tués en 2020, a révélé le 13 septembre 2021 le rapport annuel de Global Witness, une ONG londonienne comptabilisant depuis 2012 les assassinats de ces militants. Comme les années précédentes, l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, qui abritent la biodiversité la plus riche et des forêts encore intactes, ont été les régions les plus meurtrières. Pourtant, même après des décennies de violences, des femmes et des hommes courageux continuent de se battre au péril de leur vie, pour leur terre et notre planète. Bien que les autochtones ne représentent que 5 % de la population mondiale, ils ont été visés par plus de 30 % de toutes les attaques mortelles en 2020.

Ces meurtres et autres harcèlements, intimidations, surveillance ou encore violences sexuelles sont liés aux industries à l’origine de la crise climatique. Au moins 30 % des attaques enregistrées sont liées à l’exploitation des ressources, qu’il s’agisse d’exploitation forestière, de barrages hydroélectriques, de l’exploitation minière ou de l’agro-industrie à grande échelle, polluante et grande consommatrice d’eau. L’exploitation forestière est le secteur lié au plus grand nombre de meurtres (23 cas), avec des attaques au Brésil, au Nicaragua, au Pérou et aux Philippines.

Les populations autochtones ont été particulièrement touchées, et la pandémie de Covid-19 n’a fait qu’aggraver la situation : avec les confinements, les défenseurs ont été pris pour cible chez eux et les mesures de protection gouvernementales ont été réduites dans 158 pays, d’après un rapport de l’ONG Freedom House.
Colombie, Mexique et Philippines : un trio mortel (...)

Une impunité encore élevée

Dans de trop nombreux pays, riches en ressources naturelles et en biodiversité essentielle à la vie et au climat, les entreprises opèrent dans une impunité presque totale avec le soutien des autorités locales et des gouvernements. Il est rare que des personnes soient arrêtées ou traduites en justice pour avoir tué un défenseur et, lorsque c’est le cas, il s’agit généralement d’exécutants — les tireurs — et non les personnes impliquées directement ou indirectement.

Au Honduras toutefois, la justice vient d’avancer d’une case. Le 5 juillet 2021, plus de cinq ans après le meurtre de Berta Cáceres, une leader autochtone lenca abattue en 2016 pour l’empêcher de militer contre un barrage hydroélectrique, Roberto David Castillo Mejía, officier des renseignements militaires et ancien directeur général et président de la société hydroélectrique Desarrollos Energéticos (Desa) qui projetait de construire ce barrage, a été condamné en tant que coauteur du crime. En 2018, un tribunal avait déjà reconnu la culpabilité des quatre tireurs et des trois hommes chargés de la surveillance, de la planification et de la logistique du meurtre. Reste encore à atteindre les personnes à l’origine des ordres.

Global Witness note tout de même quelques victoires pour les défenseurs en 2020. L’Association zimbabwéenne du droit de l’environnement (Zela) et des groupes de défense de l’environnement ont stoppé le projet de deux entreprises chinoises de construire une mine de charbon dans le Parc national de Hwange. Des militants étasuniens et canadiens ont ralenti l’extraction des sables bitumineux et fait pression sur les banques pour qu’elles cessent de financer l’exploration dans l’Arctique. En Afrique du Sud, une Haute Cour a annulé l’approbation d’une centrale électrique au charbon dans la province de Limpopo. Au Brésil, la communauté indigène Asháninka a obtenu une compensation pour la déforestation illégale de son territoire par une société d’exploitation forestière.

Et les actions des défenseurs ont des conséquences importantes sur le climat : la résistance autochtone aux projets de développement des énergies fossiles aux États-Unis et au Canada a permis de stopper ou de retarder près d’un quart des émissions de gaz à effet de serre annuelles de ces pays, selon un rapport publié en août dernier. De quoi pousser les gouvernements à prendre au sérieux la protection des défenseurs ?