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Mediapart
Propos de Darmanin sur les avocats : « C’est un crachat sur l’État de droit »
#Darmanin #avocats #Justice
Article mis en ligne le 13 janvier 2025
dernière modification le 10 janvier 2025

Le Syndicat des avocats de France a manifesté jeudi devant le tribunal de Bobigny en marge de la visite du nouveau ministre de la justice, qui a accusé, dès sa prise de fonction, la profession de ralentir à dessein les procédures judiciaires.

(...) Il a démarré fort : le 6 janvier, sur le plateau de RTL, le nouveau ministre de la justice Gérald Darmanin a considéré que « certains avocats ne travaillent pas à l’innocence de leurs clients, mais à emboliser la chambre de l’instruction, le processus judiciaire pour libérer des personnes ». Ces professionnel·les allongeraient volontairement, en somme, le délai des procédures.

Quatre jours plus tard, le mot revient avec force dans la bouche de la quinzaine d’avocat·es venu·es accueillir le ministre en visite au tribunal judiciaire de Bobigny : « La seule chose qui nous embolise, c’est le manque de moyens ! », accuse Meriem Ghenim, membre du Syndicat des avocats de France (SAF), classé à gauche.

Venu rencontrer des magistrats et des greffiers pour se renseigner sur la justice civile et sociale, le garde des Sceaux a eu le droit à un comité d’accueil d’humeur agitée. (...)

Sortant de sa voiture, Gérald Darmanin prend bien soin de serrer les mains de chaque avocat·e présent·e, pourtant en train de scander le mot d’ordre du jour : « Moins de blabla, plus de moyens. » « Nous avons appris que Gérald Darmanin allait se déplacer dans notre juridiction, mais sans être conviés officiellement, regrette Meriem Ghenim, qui exerce au barreau de la Seine-Saint-Denis. Il nous a semblé important d’être présents pour lui indiquer à quel point ses déclarations sur la profession nous avaient semblé choquantes. »
Un ministre trop proche des policiers

Après un mandat de quatre ans au ministère de l’intérieur, un record pour ce poste depuis les années 1960, Gérald Darmanin reste d’abord identifié comme le premier « flic de France ». Et ses critiques sur les acteurs judiciaires n’aident pas à noyer le poisson. Celui qui arguait en 2021 que « le problème de la police, c’est la faiblesse des moyens de la justice » doit maintenant se justifier devant son nouvel écosystème. (...)

Le 28 décembre, le ministre déclarait auprès du Parisien vouloir mettre en place une flopée de nouveaux moyens, notamment dans les prisons, prônant l’efficacité d’un « isolement renforcé en détention des cent narcotrafiquants les plus dangereux » ou encore des « brouillages » de téléphones portables dans certaines cellules. (...)

« Les premières mesures, notamment relatives aux narcotrafiquants et à son affichage quant à l’isolement des cent plus gros narcotrafiquants, sont très inquiétantes quant à sa conception des libertés publiques, quant à sa conception de la présomption d’innocence et quant à sa conception de l’enfermement et de la gestion de la pénitentiaire en France », surenchérit Romain Boulet, coprésident de l’Association des avocats pénalistes.

Si son tropisme pour l’intérieur le suit jusqu’à la chancellerie, les propos que Gérald Darmanin a pu tenir sur la justice alimentent encore un peu plus la défiance. (...)

« Il a quand même dit, il y a moins d’un an, qu’il ne respecterait pas les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, et qu’il fallait s’en réjouir ! », se remémore Romain Boulet. Une prise de position du ministre qui sonne en effet étrangement, maintenant qu’il est habillé de son nouveau costume.