Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
La guerre en Iran risque d’engendrer une pollution « catastrophique »
#guerreAuMoyenOrient
Article mis en ligne le 14 mars 2026
dernière modification le 11 mars 2026

Des bombardements étasuniens et israéliens ont visé des raffineries en Iran, qui a répliqué en attaquant des sites et navires pétroliers dans le Golfe. Des experts dénoncent un grave danger pour la santé et l’environnement.

Plongée dans la nuit en plein jour, Téhéran s’est retrouvée sous une pluie noire et acide, dimanche 8 mars, après des bombardements israéliens sur trente sites pétroliers de la capitale iranienne, dont quatre dépôts majeurs et une raffinerie. Habitants, photographes et correspondants de presse y décrivaient des scènes « apocalyptiques », alors que d’épais nuages de fumée couvraient l’horizon, et que 400 frappes aériennes s’abattaient sur leurs têtes en une journée.

« Ce qu’on vient de voir est totalement fou. On parle d’une métropole de 15 millions d’habitants touchée par des niveaux de pollution très élevés », s’indigne Kaveh Madani, scientifique, activiste et ancien vice-ministre iranien de l’Environnement de 2017 à 2018 (...)

Des experts avertissent de décès potentiels liés à ces fumées de dioxyde de soufre (SO2) et des oxydes d’azote (NOx) créés par la combustion du pétrole, ainsi que du soufre, benzène, sulfure d’hydrogène. « Nous recommandons aux Iraniens de rester chez eux pour ne pas les inhaler, mais beaucoup de maisons ont eu les fenêtres soufflées. On observe que cette pollution se déplace déjà vers les autres pays du Golfe », explique l’expert iranien, dont la famille est toujours à Téhéran. (...)

D’après des rapports, la décision d’attaquer des réservoirs de pétrole avait été communiquée à Washington par les forces armées israéliennes — mais l’ampleur des attaques et les dégâts causés auraient toutefois surpris le gouvernement étasunien, soucieux d’épargner le secteur pétrolier. (...)

Pollutions multiformes (...)

Les sites nucléaires iraniens, eux, n’auraient pas encore souffert de bombardements assez graves pour représenter une contamination atomique selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mais la menace continue de peser, alors que l’entrée du site de Natanz a été ciblée la semaine dernière.

L’environnement : cible ou dommage collatéral ? (...)

En onze jours de guerre, un grand nombre de sites pétroliers et énergétiques ont été touchés, en Iran mais aussi en Arabie saoudite, au Qatar, au Koweït. Plusieurs navires citernes ont été endommagés par des drones iraniens, fermant effectivement le stratégique détroit d’Ormuz au commerce international — et faisant craindre le risque de marées noires rappelant celles de la guerre du Golfe de 1991. « Il y a effectivement des parallèles avec les images des puits de pétrole brûlant et libérant des quantités énormes de résidus toxiques, affectant la santé des habitants et des soldats, mais aussi l’acidification des sols », explique Mathilde Jourde, responsable du programme Climat, environnement et sécurité à l’Iris.

La chercheuse dénonce « l’utilisation stratégique de ces dégradations environnementales » et des « conséquences en cascade », affirmant qu’elles auraient des objectifs à court, moyen et long terme. « Il peut y avoir un objectif tactique direct, mais qui peut permettre d’affaiblir la capacité économique ou énergétique d’un adversaire. Et finalement de provoquer des dommages environnementaux durables qui réduisent la résilience de la population et de l’État en question », affirme-t-elle. Selon elle, de telles attaques contre l’environnement à des fins militaires pourraient rentrer dans les définitions de crimes environnementaux, sanitaires, ou même d’écocide, en fonction du cadre juridique.

Au long terme, c’est le climat qui se retrouvera affecté (...)