Depuis le début de la guerre, le 28 février, l’Iran est plongé dans un huis clos numérique. Cette coupure des communications vers l’extérieur et la limitation des contacts internes intensifient l’incertitude de la population qui ne peut ni s’informer de la réelle situation du pays, ni faire entendre sa voix.
Selon l’ONG pour les droits humains Human Rights Activists News Agency (HRANA), plus de 1 400 civils ont été tués depuis le début de la guerre en Iran, le 28 février 2026, dont 214 enfants. Des chiffres d’autant plus difficiles à obtenir que le conflit se fait dans un silence assourdissant.
La population iranienne fait en effet face à un black-out numérique parmi les plus sévères au monde, selon l’organisation de surveillance en cybersécurité et gouvernance d’internet NetBlocks, et les images des frappes aériennes qui parviennent au compte-gouttes du pays ne suffisent pas à faire état des réelles conditions de vie des Iraniens. (...)
Une répression croissante
Les défenseurs des droits de l’Homme alertent aussi sur le risque accru de répression du régime. À la veille du Nouvel An iranien, la République islamique a ainsi exécuté quatre hommes, dont trois jeunes arrêtés lors des manifestations de janvier 2026. Le centre Abderrahman Boruman pour les droits humains en Iran a également dû arrêter fin février son décompte des personnes exécutées en 2026 par le régime. Celui-ci avait déjà atteint 587 personnes pour les deux premiers mois. Enfin, les organisations pour la défense des droits humains s’inquiètent du sort des prisonniers politiques isolés et dont les conditions de détention se détériorent.
À Téhéran, les contrôles semblent être systématiques au niveau des check-points. Selon les informations qui nous parviennent, les forces de sécurité inspectent les téléphones des civils : « Ils fouillent les voitures et les téléphones portables, attaquent avec des armes et menacent de tuer à la moindre protestation », écrivait Mehdi* depuis Téhéran le 11 mars dernier. (...)
Pour Kavé Salamatian, professeur en informatique à l’université Savoie Mont Blanc et spécialiste de l’Iran ainsi que des réseaux d’internet, la guerre a permis aux plus radicaux de prendre le contrôle de l’État. (...)
Un instrument politique
Une enquête menée par Filter Watch, le 15 janvier dernier, va encore plus loin en affirmant que le régime iranien est entré dans une « nouvelle ère » où la connectivité n’est plus un droit mais « un privilège accordé ou non par le gouvernement ». Une information confirmée par Netblocks : « Les utilisateurs sélectionnés bénéficient d’un accès privilégié, tandis que les autres se retrouvent avec un intranet national limité et soumis à un contrôle de plus en plus strict. »
Le 10 mars, la porte-parole du gouvernement iranien, Fatemeh Mohajerani, a d’ailleurs officiellement admis l’existence d’un internet à plusieurs vitesses (...)
« Le régime sait qu’il a perdu le soutien de son peuple. Mais la légitimité lui importe peu s’il dispose de la violence et du contrôle de l’information. Ce dont il a besoin, c’est d’un soutien international suffisant, et s’il survit à cette guerre, tout cela constituera le cadre et la stratégie de sa nouvelle identité, tant intérieure qu’extérieure », estime Mahsa Alimardani.
Une connexion de plus en plus risquée
Jusqu’à présent, l’usage des VPN performants permettait aux Iraniens de contourner la censure par mots-clés, mais ceux-ci deviennent de plus en plus chers et sont sabotés par le régime. À cela s’ajoute le risque qu’ils représentent pour les usagers : « Non seulement leur utilisation est criminalisée, mais nombre d’entre eux sont contrôlés et surveillés par le gouvernement. Ainsi, les utilisateurs pensent contourner la censure alors qu’ils sont en réalité surveillés par les outils mêmes qu’ils croient les protéger », analyse Mahsa Alimardani.
De même, être en possession d’une antenne Starlink, seule méthode de contact avec l’extérieur pendant le black-out de janvier, est source d’inquiétude. (...)
Parallèlement, la communauté internationale se mobilise. Une campagne « Laissez parler l’Iran » (#letIranspeak) a été lancée sur les réseaux (...)
En attendant, la population iranienne, championne de la désobéissance civile, utilise les moyens du bord pour se relier au monde : rotation de VPN, application de messagerie décentralisée Bitchat ou encore passage physique de l’autre côté de la frontière. Une méthode risquée qui a néanmoins permis en janvier 2026 de diffuser les premières images du centre médico-légal de Kahrizak et de montrer ainsi au monde l’ampleur de la répression du régime qui a fait des dizaines de milliers de morts en deux jours.
image : Alex 1vg, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons