La campagne visant Francesca Albanese relève d’une opération d’influence qui recycle des mécanismes de violences masculinistes dans l’espace informationnel. En légitimant des propos falsifiés, la France expose un double renoncement institutionnel : face aux ingérences étrangères israéliennes, et à sa propre stratégie de diplomatie féministe.
L’attaque informationnelle visant Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés, s’apparente à une ingérence étrangère, fondée sur la déformation de propos, leur attribution mensongère et leur amplification dans l’espace informationnel, avec des effets très concrets de disqualification publique et de cyberharcèlement - un mode opératoire qui vise particulièrement les femmes.
Cette dernière semaine, une vidéo à la viralité maximisée met en circulation une phrase antisémite qu’Albanese n’a pas prononcée. Ce procédé relève d’une stratégie de manipulation de l’information intentionnelle, telle qu’on la décrit précisément dans le champ des FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference), notamment en matière de conflits internationaux susceptibles d’être exploités par des acteurs externes à des fins de déstabilisation — un champ dont la lutte relève, en France, de VIGINUM, notoirement frileux lorsqu’il s’agit des FIMI israéliennes.
Un des acteurs centraux de cette dernière séquence est l’organisation UN Watch, dirigée par Hillel Neuer. Cette organisation se présente comme un « chien de garde » de l’ONU, mais fonctionne en réalité comme un entrepreneur d’influence pour le compte du gouvernement Netanyahou et de son appareil de propagande, la Hasbara (...)
On ne peut pas, d’un côté, proclamer une diplomatie féministe qui prétend lutter contre les violences fondées sur le genre — y compris en ligne — et, de l’autre, soutenir politiquement ou banaliser une séquence construite sur une opération d’influence qui repose précisément sur la dépossession de la parole d’une femme et sur son exposition à une campagne hostile. D’autant plus que c’est exactement ce système médiatique, traditionnel et numérique, qui facilite et normalise les discours pro-génocide qu’Albanese était en train de critiquer, et dont elle devient ici la cible. Ce n’est pas seulement une incohérence : c’est une ironie politique brutale et une faillite stratégique et morale.