Alors que des rassemblements ont eu lieu mardi dans les cimetières en Iran en hommage aux jeunes manifestants tués en janvier, de nombreux actes de résistance localisés témoignent que les Iraniens continuent de défier le régime malgré la répression en cours.
"Pour chaque personne tuée, mille se soulèvent". Ce slogan a résonné, mardi 17 février, à travers l’Iran, lors de multiples rassemblements organisés en hommage aux jeunes manifestants tués pendant la violente répression de janvier.
Selon la tradition, les familles iraniennes commémorent la mort d’un proche quarante jours après son décès. Malgré les pressions exercées par les autorités, qui avaient déjà tenté d’empêcher les cérémonies funéraires après les journées sanglantes des 8, 9 et 10 janvier, les proches de victimes ont maintenu ces commémorations. Celles-ci se sont transformées, une nouvelle fois, en manifestations publiques de résistance. (...)
Des tirs sur la foule à Abdanan
Sur les milliers de photos de victimes qui circulent encore sur les réseaux sociaux, certains noms se détachent. Comme celui de Mohammad Goli, un pompier
Après avoir vu des policiers tirer sur des manifestants le 8 janvier, depuis l’intérieur du commissariat de Najafabad, ce père de famille a conduit son camion de pompiers vers l’entrée du poste de police afin de protéger les protestataires. Il a été tué par les forces gouvernementales, touché par au moins 11 balles.
À Najafabad, une foule dense lui a rendu hommage. (...)
Ces rassemblements, surveillés de près par les autorités, ne sont pas sans risques. À Abdanan, dans l’ouest du pays, des détonations ont retenti alors que des habitants brandissaient des fleurs et des portraits d’un jeune homme tué, tout en criant "mort à Khamenei" et "longue vie au chah". La panique s’est emparée de la foule et les manifestants se sont enfuis.
Sur une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, un homme armé vise la foule depuis le toit d’un véhicule blindé, sans que son arme puisse être identifiée. (...)
Les fleurs, symboles de résistance
D’autres gestes, plus silencieux, témoignent d’une résistance persistante. Depuis plusieurs semaines, les fleurs sont devenues un symbole central du mouvement.
Des roses rouges ont été déposées sur les trottoirs autour de l’hôpital Tehranpars, situé dans un quartier de la capitale iranienne où la répression a été particulièrement meurtrière. (...)
Sur plusieurs vidéos, on peut voir des mères de famille et des sœurs déposer délicatement des pétales, tandis que les voitures ralentissent et les contournent avec précaution. Disposées à l’endroit même où des manifestants ont été tués, ces fleurs forment des autels improvisés. (...)
"Un point de non-retour"
Dans plusieurs universités, la contestation se poursuit. Des étudiants ont appelé à la libération de leurs camarades emprisonnés. Les derniers en date, ceux de l’Université des sciences médicales de Téhéran, ont boycotté les examens de fin d’année et organisé un sit-in samedi. Tenant la photo d’Aïda Heydari, étudiante en médecine tuée en janvier, ils ont exigé la libération immédiate des détenus.
Selon l’ONG Human Rights Activists in Iran (Hrana), basée aux États-Unis, le nombre total d’arrestations depuis le début du mouvement de protestation atteint 53 552, dont 144 étudiants.
Les interpellations se poursuivent dans de nombreuses villes. (...)
Le Centre pour les droits humains en Iran précise pour sa part que les personnes arrêtées ne sont pas seulement des manifestants. "Il y a aussi des adolescents accusés d’avoir scandé des slogans, des passants blessés, des médecins et infirmières ayant soigné les victimes, des avocats et des citoyens ayant exprimé leur soutien sur les réseaux sociaux", explique cette ONG, basée à Oslo. (...)
Après la sidération ayant suivi la découverte des tueries de masse orchestrées par les forces de sécurité début janvier, ces nouveaux rassemblements dans les cimetières et la multiplication des actes de résistance localisés montrent que la contestation n’est pas éteinte. "Un point de non-retour a été atteint", estime Aïda Tavakoli, doctorante franco-iranienne et présidente de l’association We Are Iranian Students, sur l’antenne de France 24. "Il n’y a pas d’autre option que de tout faire pour que ce régime chute."