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Reporterre
Bercy récupère l’énergie, un mauvais coup pour l’écologie
#ecologie #Bercy #nucleaire
Article mis en ligne le 15 janvier 2024

L’énergie passe sous le giron du ministère de l’Économie suite au remaniement du gouvernement. Un ministère dirigé par Bruno Le Maire, fervent promoteur du nucléaire.

Une preuve supplémentaire de l’obsession d’Emmanuel Macron pour le nucléaire et de son désintérêt total pour l’écologie. Lors du remaniement annoncé jeudi 11 janvier, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a récupéré le portefeuille de l’énergie. Cette question était jusqu’alors portée par la ministre de plein exercice Agnès Pannier-Runacher, en charge de la transition énergétique mais aussi du climat.

« Avoir la responsabilité de l’énergie, c’est se donner les meilleures chances d’accélérer la réindustrialisation du pays et la réalisation du programme nucléaire français », a réagi Bruno Le Maire dans un entretien accordé au Figaro. Ce programme, décrit dans l’avant-projet de loi pour la souveraineté énergétique dévoilé par Contexte, consiste à prolonger les 56 réacteurs nucléaires existants au-delà de soixante ans, à construire 14 EPR2 et à remettre en état l’usine de retraitement des combustibles usés de La Hague et l’usine de fabrication de combustible Mox Melox. (...)

Le ministre de l’Économie devrait s’acquitter de cette tâche avec enthousiasme : il a déjà défendu bec et ongles le financement du nucléaire à l’échelon européen et orchestré la renationalisation d’EDF. (...)

Énergie et environnement, la fin d’une histoire

Pour les écologistes, la nouvelle est beaucoup moins réjouissante. C’est la première fois depuis dix-sept ans que ce secteur quitte le giron d’un ministère de l’Écologie ou apparenté. (...)

Concrètement, l’intérêt de ce grand ministère est de centraliser « les différents leviers de la transition énergétique — les transports, le bâtiment, l’énergie — en ayant un regard sur leur impact environnemental », explique à Reporterre la directrice des programmes du Réseau Action Climat, Anne Bringault. Qui s’interroge : maintenant qu’il a disparu, quid de la prise en compte de l’environnement dans les choix énergétiques et de la cohérence de la transition ?
Coup de pouce

Pour la filière nucléaire, ce transfert représente un coup de pouce plus qu’un avantage décisif. Depuis le discours d’Emmanuel Macron en février 2022 à Belfort qui marque l’avènement de l’atome, l’exécutif multiplie les mesures pour parvenir à ses fins. Le ministère de la Transition énergétique a ainsi été créé trois mois plus tard « pour relancer le nucléaire », rappelle Anne Bringault. « Agnès Pannier-Runacher a tout à fait fait le job qu’on attendait d’elle à ce niveau-là. »

Il y a aussi eu la loi d’accélération du nucléaire, le projet de fusion entre l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’avant-projet de loi pour la souveraineté énergétique. Même le coût du nucléaire actuel et à venir — 66 milliards d’euros pour le prolongement de la durée de vie des réacteurs existants, 52 milliards d’euros pour la construction de six EPR2 — est censé être assuré par la nationalisation d’EDF et le nouveau prix de l’électricité nucléaire l’an dernier. « On avait déjà un gouvernement très pronucléaire, les choses étaient déjà engagées », résume Anne Bringault. (...)

C’est surtout pour les autres secteurs énergétiques que le changement risque d’être difficile. (...)

Plusieurs acteurs de la filière des énergies renouvelables ont déjà exprimé leur inquiétude. (...)

La sobriété à la trappe ?

Les leviers de la transition énergétique qui risquent réellement de passer à la trappe sont la sobriété et les économies d’énergie. (...)

Qui va récupérer ces missions ? « Si c’est Bercy, qui n’est pas dans le même pôle que le ministère des Transports ou le ministère du Logement en charge des secteurs les plus émetteurs, c’est quand même une grosse source de préoccupation. » Pour l’heure, le suspens reste entier, les noms des secrétaires d’État devant être annoncés ultérieurement. (...)

Par ce transfert, Emmanuel Macron cherche aussi à draguer l’électorat de droite à l’approche des élections européennes. (...)