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Mediapart
Après un procès expéditif, des Ougandais sont contraints de céder leurs terres à TotalEnergies
#totalenergies #ouganda
Article mis en ligne le 26 décembre 2023
dernière modification le 24 décembre 2023

Le 8 décembre, la justice ougandaise a ordonné l’expulsion de 42 familles qui refusaient de laisser place au mégaprojet pétrolier Tilenga de la compagnie française. Les avocats dénoncent « un cadeau de Noël pour TotalEnergies ».

En juin dernier, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, confessait : son mégaprojet en Ouganda incarne « le symbole du combat antipétrole ». Et pour cause. D’ici à 2025, la compagnie compte forer 400 puits de pétrole en bordure du lac Albert, une des plus grandes étendues d’eau douce d’Afrique. Pour exporter le pétrole extrait de cette immense infrastructure baptisée « Tilenga », TotalEnergies veut construire un oléoduc de 1 445 kilomètres jusqu’au littoral tanzanien, le East African Crude Oil Pipeline (EACOP).

Les travaux de forage ont débuté en juillet 2023. Mais les ambitions pétro-industrielles du gouvernement ougandais et de la firme tricolore ont jusque-là buté sur le refus de quelques centaines de personnes de céder leurs terres pour laisser place au développement de Tilenga.EnEn juin dernier, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, confessait : son mégaprojet en Ouganda incarne « le symbole du combat antipétrole ». Et pour cause. D’ici à 2025, la compagnie compte forer 400 puits de pétrole en bordure du lac Albert, une des plus grandes étendues d’eau douce d’Afrique. Pour exporter le pétrole extrait de cette immense infrastructure baptisée « Tilenga », TotalEnergies veut construire un oléoduc de 1 445 kilomètres jusqu’au littoral tanzanien, le East African Crude Oil Pipeline (EACOP).

Les travaux de forage ont débuté en juillet 2023. Mais les ambitions pétro-industrielles du gouvernement ougandais et de la firme tricolore ont jusque-là buté sur le refus de quelques centaines de personnes de céder leurs terres pour laisser place au développement de Tilenga. (...)

Ces dernières estiment que les indemnisations proposées par TotalEnergies en contrepartie de leur expulsion sont mal calculées au vu des pertes et dommages occasionnés par le projet, voire que la valeur financière de leurs terres a été sous-évaluée.

Dans sa brochure de présentation de Tilenga-EACOP, TotalEnergies explique avoir mis en œuvre pour les personnes impactées des compensations monétaires et/ou en nature répondant aux meilleurs standards internationaux. Mais dans une enquête sur le mégaprojet publiée en décembre 2020, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dénonce « des barèmes d’indemnisation inadéquats » pour les Ougandais et Ougandaises affectées, « le poids des retards dans l’indemnisation et la réinstallation », ou encore « des procédures défaillantes et des voies de recours inadaptées » en matière de droit à la terre.

Même son de cloche du côté Amis de la Terre et Survie, qui ont collecté des témoignages dans la région. Les deux ONG ont documenté le fait que la cession des terres à TotalEnergies s’est souvent opérée à la suite de pressions et d’intimidations. Des violences qu’ont aussi rapportées à Mediapart l’an dernier le défenseur ougandais des droits humains Maxwell Atuhura et Diana Nabiruma, membres de l’Afiego, l’association de défense des droits des personnes concernées par ce projet. (...)

L’assignation, que Mediapart a pu consulter, a été impulsée par le ministère ougandais de l’énergie et du développement minier. (...)

« La plupart des familles convoquées sont en situation d’illettrisme, ont des moyens financiers limités et ne sont pas habituées aux procédures judiciaires. » Dickens Kamugisha, avocat ougandais, à la tête de l’ONG Afiego (...)

Dans la décision du tribunal, le gouvernement ougandais se voit accorder « la possession libre » des 24 hectares de terres de ces ménages « pour y mener ses activités pétrolières ». (...)

Après réception de l’avis d’expulsion, les familles auront un délai de 30 jours pour quitter leurs terres sur lesquelles elles ont fait leur vie. (...)

Le 27 juin dernier, 26 Ougandaises et Ougandais affectés par le projet Tilenga-EACOP, le défenseur ougandais des droits humains Maxwell Atuhura, ainsi que cinq associations ont déposé au tribunal judiciaire de Paris un recours visant à demander réparation pour les violations des droits humains causées par TotalEnergies dans la région depuis 2017.

Dans leur recours, Elles et ils estiment qu’après les pressions opérées par les autorités ougandaises et les représentants locaux de TotalEnergies, le consentement des personnes qui ont accordé leurs terres contre une compensation était « vicié ».