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Une journée sur la Zad urbaine de Rouen - expulsée vendredi matin
Article mis en ligne le 7 novembre 2014

« Cette ZAD urbaine permet de donner corps à nos rêves de liberté et d’égalité sans attendre le grand soir. » Elle aura duré deux jours : la police l’a évacuée vendredi à l’aube.

La ZAD urbaine de Rouen a été évacuée par la police vendredi matin à partir de 4 h 30.

Voici le récit de la journée de jeudi et un témoignage de l’esprit qui animait l’action.

La ZAD de Rouen prend de l’ampleur. Alors que nous fêtions ce matin jeudi notre deuxième lever de soleil sur la place occupée près du Palais de Justice, de nouveaux visages sont venus grossir les rangs. Une quarantaine de lycéens nous ont rejoint et d’autres doivent arriver dans la journée. Des curieux, des utopistes, des punks à chiens et des révoltés viennent participer aux assemblées, aider à la construction, manger un morceau ou boire un café avec nous. Quelques-un(e)s décident même de passer tout ou partie de la nuit sur place. Au total, plus d’une centaine de personnes étaient présentes à la mi-journée.

Pourtant, dans la nuit du mercredi au jeudi, nous avons appris que la mairie réclamait l’expulsion du camp auprès de la préfecture. L’information a été confirmée dans la journée par un avis officiel d’expulsion. Mais cette nouvelle ne semble inquiéter personne ici. « On les attend » me glisse une jeune femme emmitouflée dans ses vêtements de laine. « Ça ne change rien pour nous. On savait très bien qu’ils allaient venir à un moment ou à un autre », abonde un militant chevronné.

Une détermination et une confiance dans nos forces et notre capacité de mobilisation qui se sont vérifiées dès le début de journée. Une nouvelle cabane est en construction et l’espace est en cours de réorganisation en prévision du festival de ce jeudi soir. (...)

Cette occupation permet de se réapproprier nos vies et nos villes, de ne pas laisser à d’autres le soin de décider à notre place ce à quoi elles doivent ressembler. « Personne ici n’a décidé qu’il y ait des boutiques Orange ou Carrefour dans le centre-ville. Si on veut construire une cabane ici, une cantine là ou d’accrocher une affiche, faisons-le ! », illustre une des participantes au cours d’une des assemblées qui ont lieu chaque jour à 13 et 20 h pour décider de l’organisation de la vie sur place et des moyens de rayonner à l’extérieur.

Même si c’est la mort de Rémi Fraisse qui est à l’origine du rassemblement, le mouvement d’occupation ne se limite pas à l’expression d’une colère. L’esprit de la ZAD, présent depuis le début et notamment symbolisé par les cabanes, se renforce, ou plutôt apparaît plus clairement. L’idée que cet espace occupé doit servir d’expérimentation pour des formes d’organisation horizontales, égalitaires, solidaires et coopératives est aujourd’hui exprimée alors qu’elle était jusque là sous-jacente. (...)

Mais cette volonté d’ouverture et de construction collective ne se fait pas sans heurts. Des personnes avec des sensibilités politiques, des caractères et des parcours de vie différents sont ici amenées à se côtoyer et à composer. Chose dont nous n’avons plus l’habitude aujourd’hui. Ainsi, le soir sur le campement, les questions de nuisances sonores et d’ébriété se posent. A nous d’être créatifs et de trouver les moyens de les régler sans avoir à appeler la police.

Ici, tout est discuté, questionné, remis en question. Même la forme que doivent prendre les discussions collectives est sujet de débat (...)

La manière de s’organiser est également une question épineuse sur place. Alors que certains misent sur la libre initiative et le bon sens de chacun, d’autres estiment qu’il est nécessaire de décider collectivement de la plupart des sujets qui concernent le camp (...)

. La neutralité n’existe pas. Chaque journaliste prend parti, en choisissant son journal, ses sujets, les personnes qu’il interviewe et les citations qu’il met en avant. Pour ma part, j’ai choisi d’assumer mon engagement et de dire clairement au lecteur d’où je parle et quelle point de vue je défends.