Depuis deux mois, les jardins des Vertus, à Aubervilliers, sont occupés pour empêcher leur bétonnage. Grand Paris Aménagement, qui a pour projet de construire en lieu et place des terres nourricières un solarium et un centre de fitness, a demandé leur expulsion à partir du vendredi 16 juillet, à 17 heures.
Ces terres nourricières, écrin de végétation au milieu d’un décor urbain, subsistent uniquement grâce à la ténacité de leurs défenseurs, qui les occupent jour et nuit depuis près de deux mois et les ont baptisées « jardins à défendre » (Jad). Dix-neuf parcelles, 4 000 m² de terres en tout, sont menacées par les bulldozers de Grand Paris Aménagement (GPA) (...)
Le couperet d’une expulsion se rapproche pour les occupants. Saisi à la demande de GPA, un huissier de justice leur a adressé un « commandement de quitter les lieux ». Cette injonction s’appuie sur une ordonnance de référé rendue par le tribunal d’Aubervilliers le 25 mai. Les activistes sont sommés de plier bagage avant vendredi 16 juillet, 17 heures. À défaut, les intentions de l’huissier sont explicites : « Je me verrai contraint de procéder à votre expulsion, et à celle de tous occupants de votre chef, si nécessaire avec l’assistance de la force publique. »
« Promoteurs, hors de nos vies ! »
« Nous ne partirons pas de notre propre chef », rétorque Dolorès, 58 ans, occupante des Jad. Cofondatrice du collectif de défense des jardins ouvriers d’Aubervilliers, elle assure que les activistes tiendront et défendront « ces terres fertiles et cet espace de vie collectif jusqu’au bout ». « Le procès et l’expulsion représentent une mascarade judiciaire, poursuit la « jadiste ». Ces procédures se sont déroulées en l’absence du collectif de défense et des occupants, qui n’étaient même pas au courant ! » C’est en effet l’Association des jardins de Vertus, qui soutient le projet de piscine et ne fait pas partie des occupantes de la Zad, qui est visée par la procédure. L’avocat des activistes espère pouvoir invalider l’ordonnance en s’appuyant sur cette erreur. « Mais ce faisant, Grand Paris Aménagement invisibilise le collectif et nie le projet alternatif d’autogestion et les liens que nous avons noués avec le quartier », déplore Dolorès. (...)
Depuis leur installation, le 23 mai dernier, les écologistes, dont la plupart sont vingtenaires, se sont enracinés sur les 19 parcelles vouées à la destruction. « Nous sommes les jardins qui se défendent », « Promoteurs, hors de nos vies ! » est-il écrit sur les murs des cabanes et des clôtures en bois. (...)
Les anciennes cabanes des jardiniers ont été aménagées, des tentes ont été posées, une bibliothèque composée de planches de récupération a germé et les corps défendant des activistes se sont aguerris à force d’être en prise avec ces terres, de les cultiver au milieu des chats, des lapins de garenne, des hérissons, des écureuils roux, des perruches et des renards. (...)
Cet endroit symbolise la vive tension qui existe entre deux mondes : celui des jardins qui se défend contre l’appétit des promoteurs, leur béton et leurs profits qui nous emmènent dans le mur, dit Dolorès. (...)
« Et si nous devions être chassés d’ici, tout ce que nous aurons appris pourra être recréé ailleurs » (...)
Les Jadistes accueillent également des habitants d’autres zones à défendre comme Laura et Camille, venues de la forêt de Hambach, dans l’ouest de l’Allemagne, où elles luttent contre une mine géante à ciel ouvert. (...)
Les activistes espèrent encore ouvrir le dialogue avec Grand Paris Aménagement et les élus pour sauver les terres. Mais si les forces de l’ordre viennent expulser les activistes, « chacun réagira en son âme et conscience, affirme Dolorès. Moi, je ne bougerai pas, s’ils veulent me tirer de là, ils devront le faire de force. » « S’ils nous délogent samedi matin, nous serons déjà revenus le samedi soir », promet Camille. « Et comme une plante cherchant la lumière, nous n’arrêterons pas de grandir », enchérit Laura.