
Sur RTL, le directeur adjoint du « Figaro Magazine » a tenu des propos atténuant la responsabilité des policiers qui ont roué de coups l’étudiant en 1986. Deux policiers ont été condamnés dans cette affaire pour « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
Au sujet de ce dossier, Jean-Christophe Buisson déclare : « Ça me rappelle évidemment l’affaire Malik Oussekine où, sortis de l’émotion et du sentiment que les policiers avaient matraqué ce garçon mort en 1986 dans les manifs contre Devaquet, on s’est finalement aperçus qu’il n’a pas reçu de coups, qu’il est mort vraiment avec son problème d’insuline. »
Des propos qui ont beaucoup fait réagir. Vous êtes plusieurs à nous interroger à leur sujet : « Peut-on dire, comme M. Buisson journaliste au Figaro l’affirme, que Malik Oussekine n’a pas reçu de coups et qu’il n’a pas été la victime de violences policières ? » La réponse est non : la médecine et la justice lui donnent tort.
Trois voltigeurs dans une cage d’escalier
Décembre 1986. Cela fait plusieurs semaines que les étudiants se mobilisent contre le projet de réforme de l’université d’Alain Devaquet, ministre chargé de la Recherche et de l’Enseignement supérieur. Le 4, la contestation atteint son apogée : des centaines de milliers de personnes défilent dans les rues de Paris.
Dans la nuit du 5 au 6 décembre, des membres du peloton voltigeur motocycliste – des binômes de policiers à moto, l’un conduisant, l’autre armé d’une matraque – sont chargés de patrouiller dans le Quartier latin, au cœur de la capitale. Rue Monsieur-le-Prince, trois voltigeurs prennent en chasse Malik Oussekine, étudiant de 22 ans, qui sort d’un club de jazz. Ils le rouent de coups dans un hall d’immeuble, selon des témoins qui assistent à la scène. Malik Oussekine meurt. (...)
quatre ans plus tard, en 1990, la justice condamne à des peines de 5 et 2 ans avec sursis deux des trois policiers pour « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». (...)
Le 6 décembre 2006, une plaque est inaugurée devant l’immeuble où l’étudiant a été tué. On y lit : « A la mémoire de Malik Oussekine, étudiant âgé de 22 ans, frappé à mort lors de la manifestation du 6 décembre 1986 ». Comme le note LCI, cette plaque a suscité un débat, en raison de l’absence de mentions des policiers auteurs des coups. « Des associations et la famille, dont Sarah Nassera, avaient alors regretté qu’il ne soit pas fait mention des responsables de son décès : les policiers. Selon [le sénateur] David Assouline, à l’initiative de l’installation de la plaque, "un compromis avait été trouvé" à l’époque. Le socialiste nous explique que "certaines personnes considéraient que si l’on mettait le mot "policiers", on jetait le trouble sur l’ensemble de la profession. Et quand il s’agit de commémorer, il faut essayer de rassembler. »
« Vérité judiciaire » et « vérité historique »
Contacté par CheckNews, le directeur adjoint du Figaro Magazine, Jean-Christophe Buisson concède qu’il a « parlé trop vite » quand il a déclaré sur RTL que Malik Oussekine n’avait pas reçu de coups des policiers. « S’il n’y avait pas eu de coups il ne serait pas mort, se corrige Buisson. Mais son insuffisance explique aussi son décès. »
Dans un tweet postérieur à notre échange, il s’est également excusé pour ses propos « donnant à penser [qu’il met] en doute le fait que Malik Oussekine soit mort à la suite d’une intervention policière ». (...)
Pour autant, par téléphone, il détaille sa position « un peu compliquée à expliquer » : « La justice a tranché en disant que les coups l’avaient tué. Mais la vérité judiciaire n’est pas la vérité avec un grand V. » Et d’estimer que « la vérité judiciaire n’est pas la vérité historique et que la vérité historique ne peut pas être établie avant un certain temps ».
« Polémiste »
Sur quoi s’appuie Jean-Christophe Buisson pour remettre en cause cette « vérité judiciaire » ? « Secret des sources », oppose-t-il. Il établit un parallèle entre le dossier Oussekine et l’affaire Dreyfus. (...)
Journaliste et historien, Buisson précise qu’il avait quitté ces deux casquettes en entrant dans le studio de RTL, et que ses propos n’engagent ni le Figaro (pour qui il s’agit bien d’une « bavure policière »), ni son éditeur, puisqu’il s’exprimait à l’antenne « en tant que polémiste ».