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l’Humanité
Ségur : « le coût du Covid-19 va être supporté largement par la Sécurité sociale », explique Nathalie Coutinée, Économiste atterrée
Nathalie Coutinet, économiste à l’université de Paris-XIII et chercheuse au Centre d’économie de Paris-Nord, membre des Économistes atterrés
Article mis en ligne le 26 juillet 2020
dernière modification le 25 juillet 2020

Le ministre de la Santé a semblé reconnaître que certaines mesures comme la tarification à l’activité (T2A), les fermetures de lits, le recours à l’intérim posaient problème dans la politique de santé, la FHF parle d’une « fin de la logique comptable à l’hôpital ». Partagez-vous cette analyse ?

Nathalie Coutinet Ce Ségur n’a pas abouti à une réforme en profondeur du système de soins, on est plus sur quelque chose qui relève de l’emplâtre sur une jambe de bois. Sur la tarification à l’activité, ce qu’a annoncé Olivier Véran n’est pas très différent de ce qui avait été mis en avant il y a plus d’un an par Agnès Buzyn, qui estimait que ce n’était pas un mode de financement optimal pour tous les soins, comme par exemple les maladies chroniques. Mais on ne sait ni par quoi ce financement va être remplacé ni sur quel pourcentage. Et, fondamentalement, il n’est pas question de réajuster la T2A en fonction du coût réel de certains actes, alors que ces tarifs sont bien souvent sous-évalués. Pour ce qui est des ouvertures de lits, on reste bien en deçà des besoins et des demandes des soignants. Quant à la problématique de l’intérim, cela existe aussi parce qu’il y a des besoins en personnels soignants. Le problème, c’est celui de l’attractivité des hôpitaux publics. Comment Olivier Véran propose-t-il d’y mettre fin ? Les revalorisations prévues dans le Ségur ne permettent même pas d’aligner les revenus des personnels hospitaliers avec celui de nos partenaires européens.

(...) Le coût du Covid-19 va être supporté largement par la Sécurité sociale. L’exécutif explique que le trou va être abyssal alors que le système était quasiment à l’équilibre avant la crise sanitaire. Mais, au lieu de remettre en cause les mesures d’exonérations de cotisations sociales, le gouvernement accentue cette politique. Ce qui va forcément aboutir à une baisse des dépenses et, in fine, à une baisse des prestations. On est dans la continuité du plan « Ma santé 2022 ». Il y aurait à l’inverse des moyens d’assurer le financement du système de soins public en arrêtant ces exonérations – dont l’impact sur le chômage est par ailleurs faible – en augmentant ces cotisations, et que ce soit les États et non les systèmes de protection sociale qui prennent en charge le coût du Covid. Il faudrait aussi reposer la question de la place de l’hôpital public dans le système de soins par rapport aux cliniques privées et aux praticiens libéraux ainsi que celle de la gouvernance des hôpitaux et du rôle des soignants au sein de celle-ci.