Deux mois après la présentation du projet de réforme des retraites, le ministre du travail a reconnu que pas plus de 20 000 nouveaux retraités bénéficieront chaque année de la revalorisation des petites pensions. Le mythe d’une réforme de « justice sociale » s’effondre, laissant le gouvernement démuni.
Plus de 24 heures après l’aveu, le silence. Dans les cabinets ministériels comme dans la majorité parlementaire, personne n’a envie de défendre l’indéfendable. Les appels sonnent dans le vide, les SMS font chou blanc. Même l’entourage du ministre du travail, Olivier Dussopt, laisse les questions des journalistes en suspens dans la boucle pourtant consacrée aux échanges avec la presse.
Le 28 février, le député socialiste Jérôme Guedj a publié sur Twitter une réponse que lui a adressée le ministère du travail sur la mesure censée symboliser le caractère « social » de la réforme des retraites qu’il a présentée le 10 janvier : le passage à 1 200 euros (85 % du Smic) des petites retraites, pour une carrière complète au niveau du Smic.
Acculé par les questions, l’exécutif a fini par donner la preuve qu’il avait délibérément entretenu la confusion la plus totale sur ce point. (...)
Dans les couloirs des ministères, on soupire en évoquant une séquence « emmerdante ». « C’est devenu une série Netflix, ce truc, se lamente une source gouvernementale. On a essayé de s’accrocher à cette promesse présidentielle en étant persuadés que c’était une bonne idée. Aujourd’hui, c’est un échec qu’on ne rattrapera pas. »
La question semble devoir devenir le symbole définitif des mensonges de l’exécutif sur sa réforme. (...)
« Certains ont fait le pari que les gens n’allaient pas creuser », regrette un conseiller ministériel.
L’embarras est d’autant plus grand que plusieurs membres du gouvernement s’étaient avancés sur la portée de la mesure. (...)
ce n’est que le 7 février, quand l’économiste Michaël Zemmour a martelé l’évidence sur France Inter, devant une Léa Salamé ébahie, que le sujet a franchi le mur du son médiatique.
Double défaite (...)
L’affaire avait pris une nouvelle tournure le 16 février, quand Jérôme Guedj s’était saisi des prérogatives de contrôle dont il dispose, en sa qualité de co-président de la mission d’évaluation et de contrôle des lois de financement de la Sécurité sociale (Mess). (...)
les spécialistes ont pu constater ces derniers jours que l’exécutif continue à présenter une version erronée des conséquences de sa réforme. Au point qu’il faut désormais s’interroger sur la connaissance technique réelle qu’il peut en avoir. Car contrairement à ce qu’avance le gouvernement depuis des semaines, les personnes qui auront droit aux 100 euros de revalorisation ne sont en fait pas les mêmes que celles qui atteindront les 1 200 euros ! (...)
Celles et ceux qui toucheront 100 euros de plus sur leur pension seront en fait très largement des personnes ayant travaillé à mi-temps toute leur carrière, comme l’a établi Libération début février, en se basant sur une note éclairante de l’Institut des politiques publiques. Mais ces « gagnants » de la réforme ne passeront pas le cap des 1 200 euros, au contraire d’autres retraité·es, ayant gagné plus durant leur carrière, mais qui verront leur pension revalorisée de moins de 100 euros par mois. (...)