
Comment les scores du FN en PACA ont-ils doublé en 5 ans ? Notamment grâce au « brouillage de ligne entre la droite et l’extrême-droite » et à une « classe politique décrédibilisée et vieillissante » qui a refusé de laisser sa place, estime Christèle Marchand-Lagier, spécialiste du Front National.
C’était très prévisible et il est toujours surprenant de voir les responsables politiques découvrir l’ampleur de cet enracinement les soirs d’élections alors que les chercheurs le décryptent depuis de nombreuses années. Déjà en 2002, lors de l’élection présidentielle, on note la forte progression de Jean-Marie Le Pen qui gagne + 9,3% en PACA contre 1% au plan national.
On observe par ailleurs une porosité plus grande entre électorat Front national et UMP dans cette région. C’est assez spécifique au sud-est de la France où les alliances et dérapages verbaux sont davantage banalisés. (...)
Marion Maréchal-Le Pen s’est positionnée dès le début à droite, en veillant à soigner ses relations avec les élus de la droite locale et en se positionnant à chaque élection comme la formation de droite susceptible de rassembler le plus de suffrages. Elle a réussi cette implantation sur le Vaucluse, département sur lequel elle a été grandement aidée par une classe politique décrédibilisée et vieillissante qui refuse de laisser la place aux jeunes générations. Elle bénéficie par ailleurs de la marque « Le Pen » pour porter cette notoriété au plan régional. Elle joue sur les deux tableaux et bénéficie d’une attention médiatique qui contribue à amplifier sa notoriété tant locale que nationale. (...)
le FN régional se pose en rassembleur des forces politiques de droite, et ça marche au vu des transfuges observés sur la liste FN pour ces régionales – Olivier Bettati notamment, tête de liste dans les Alpes Maritimes et ancienne figure de l’UMP.
Là encore, cette stratégie s’appuie sur l’attitude des responsables politiques de droite qui jouent la surenchère, notamment programmatique, à l’égard du FN depuis de nombreuses années. (...)
Nul doute qu’elle rassemble également toute une frange de militants issus de groupuscules extrême-droitiers dont elle se fait la porte-parole. (...)
Le fait que ces électeurs soient plutôt des électeurs de droite est très largement le fait d’une analyse localisée, le même mouvement s’opérant chez les électeurs de gauche dans les territoires où les représentants de ce courant politique sont eux-mêmes délégitimés.
Enfin, « les primo-votants », parmi les générations les plus jeunes (celles qui ont voté pour la première fois en 2012 voire en 2014) très faiblement socialisés à la politique, pour lesquels les référents gauche-droite ont assez peu de signification. Ce sont des électeurs pour lesquels le Front national est un choix politique possible parmi d’autres, sachant qu’ils n’entretiennent aucune hygiène idéologique à l’égard de ce parti. Pour ces derniers, le Front national représente la seule offre politique lisible dans un champ politique indifférencié. Ils témoignent d’un sentiment d’injustice dont on sait qu’il peut être un facteur déclencheur de la prise de conscience politique ou dénoncent le traitement différencié des populations dont ils estiment faire les frais. (...)
Droite et gauche instrumentalisent depuis près de 40 ans le Front national pour se faire réélire alternativement les uns les autres alors qu’ils peinent à se différencier sur les programmes (de ce point de vue, la politique menée par François Hollande depuis 2012 est exemplaire). Cette instrumentalisation a contribué à placer le FN au cœur du jeu politique, il y impose ses thèmes (...)
Paradoxalement, ce parti que sa présidente présente volontiers comme anti-système contribue à maintenir ce dernier, en donnant le sentiment à ceux qui le soutiennent qu’ils peuvent encore croire en la politique pour changer leur vie. (...)
les bureaux de vote les plus abstentionnistes, ce sont très nettement les bureaux de vote les plus populaires et ceux sur lesquels les scores du Parti socialiste étaient les plus élevés en 2012. (...)
Pour ce qui concerne PACA et contrairement aux idées reçues, le FN ne fait pas voter les abstentionnistes mais grignote l’électorat de droite et il n’est pas non plus le porte-voix des classes populaires.