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Marie-Claude Saliceti
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Nous sommes tous des syndicalistes antiracistes
Article mis en ligne le 26 octobre 2021

Vendredi 10 septembre dernier, dans l’enceinte de l’entreprise STEF, aux Essarts-en-Bocage (Vendée), l’ambiance est revendicative. Une trentaine d’employés de ce leader européen du transport frigorifique, dont l’un entièrement cagoulé, brandissent des pancartes : « Harcèlement », « terreur », « honte à vous », « manipulation »… À de rares exceptions près, ce sont les cadres de la société. Ils crient en choeur : « Cassez-vous ! On ne veut plus de vous ! » La cible de leur colère ? Les deux délégués CGT de l’entreprise, MM. Mehdi Khechirem et Yoann Jadaud. Venus faire une visite à leur local syndical, face à un tel témoignage de chaleur humaine, tous deux finissent par quitter les lieux... sous l’oeil impassible du directeur du site.

C’est qu’à ses yeux, MM. Khechirem et Jadaud avaient commis l’irréparable. Le 24 juin, suite à une réunion mouvementée, la direction de STEF-Vendée lance une procédure de licenciement à l’encontre de ces deux syndicalistes. Depuis des mois, ceux-ci sollicitaient une réaction de l’entreprise : plusieurs salariés ultramarins et issus de l’immigration se plaignaient en effet de comportements racistes dans le cadre de leur travail – « bougnoule », « bamboula », imitation de singe, « retourne manger des bananes », « travail d’arabe », etc. MM. Khechirem et Jadaud enquêtent minutieusement, et lancent dans la foulée un « droit d’alerte pour atteinte aux droits des personnes ». En vain. Ils se heurtent à la passivité de leur direction, qui en guise de réponse, finit par les licencier – entretemps, durement éprouvées par l’affaire, les victimes du racisme ont quitté l’entreprise…

Celle-ci avait auparavant pris soin d’isoler les deux syndicalistes, en favorisant la création du syndicat CFTC en 2017. Ce syndicat « maison », qui a voté le licenciement de MM. Khechirem et Jadaud, n’a atteint que partiellement son objectif : s’il a réussi à prendre la première place aux élections professionnelles, la CGT demeure majoritaire dans le collège ouvriers… Tout en étant fragilisée, et par conséquent licenciable. (...)

l’inspection du travail refuse alors le licenciement de ces deux salariés protégés, au motif qu’il n’est en aucun cas justifié. L’arme du droit était donc épuisée : pour la direction, restait l’action coup de poing illégale – une manifestation antisyndicale menaçante, à laquelle elle a apporté son soutien.

Il faut mesurer avec précision le message délivré par l’entreprise STEF-Vendée. Le racisme n’y est pas combattu. Le dénoncer vaut licenciement. Les décisions administratives, comme celle de l’inspection du travail, sont piétinées. Quant aux libertés syndicales, garanties par la Constitution, elles sont priées de « dégager ». (...)

Aujourd’hui, dans un contexte d’offensive politique quotidienne de l’extrême-droite, « séparatisme » gouvernemental inclus, et alors que les écrans sont saturés d’idéologie raciste dont la condamnation par les tribunaux semble garantir le maintien à l’antenne, on assiste dans le même temps à un recul organisé des droits syndicaux. Ce moment historique est propice à toutes sortes de dérapages, qui dès lors sont tout sauf anecdotiques. La manifestation antisyndicale de STEF-Vendée a par conséquent valeur d’avertissement, et revêt un caractère national d’une particulière gravité.

Le combat de MM. Khechirem et Jadaud nous rappelle en effet que la lutte contre le racisme est indissociable de la lutte pour l’égalité. (...)

Les frontières ne passent pas entre les peuples : elles passent entre le haut et le bas. Dans le contexte actuel, ce message fondamental, dont nous sommes solidaires, dérange. En particulier le PDG du groupe STEF, M. Stanislas Lemor, qui revendique rarement auprès de ses salariés sa présence dans le palmarès des 500 plus grosses fortunes françaises…

La lutte quotidienne contre le racisme et pour l’égalité que mènent MM. Khechirem et Jadaud est exemplaire. Nous la conduirons avec détermination à leurs côtés, et nous opposerons à chacune des entraves qui pourrait leur être opposée. À cet égard, nous exigeons que le groupe STEF mette un terme immédiat à ses agissements antisyndicaux, et comme la loi l’y oblige, garantisse leur sécurité au travail et le libre exercice de leurs droits syndicaux. Leur combat est le nôtre.