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Moussa Gakou, gréviste de GRDF perquisitionné pour avoir coupé le gaz
Article mis en ligne le 21 septembre 2022

Le technicien gazier qui participait à une grève pour l’augmentation des salaires a été menotté à l’aube devant sa femme et ses enfants, son domicile a été fouillé. GRDF pourrait le mettre à la porte.

Argenteuil (95) – Six heures du matin, lundi 4 juillet 2022, la police frappe à la porte d’un pavillon de banlieue. Moussa Gakou leur ouvre. Quatre agents du commissariat de Colombes (92) l’attrapent et lui passent les menottes sans ménagement, devant femme et enfants. Mariame Gakou a son nouveau-né dans les bras. Elle a accouché dix jours plus tôt de leur quatrième. « Je dormais avec le bébé quand le bruit m’a réveillé », se souvient la maman. « Je tremblais et je n’arrivais pas à porter ma fille qui pleurait. » Perquiz’ oblige, les policiers fouillent toutes les pièces. « J’ai enfermé les petits dans leur chambre pour pas qu’ils ne voient leur père comme ça. »

Gaz Réseau Distribution France (GRDF), l’employeur de Moussa Gakou, a porté plainte contre lui. La filiale de l’entreprise publique Engie l’accuse de « dégradation volontaire d’une installation gaz ». Le technicien de 35 ans travaille à l’agence GRDF de Villeneuve-la-Garenne (92) depuis 15 ans. Depuis janvier, il participe à la grève nationale des agents de l’électricité et du gaz pour l’augmentation des salaires. Les 15 et 22 juin dernier, à l’appel de la Fédération nationale des mines et de l’énergie de la CGT (FNME-CGT), et comme d’autres techniciens grévistes partout en France, il coupe le gaz pour pousser la direction à négocier.

Pendant la perquisition, les policiers expliquent à Mariame Gakou que c’est parce qu’ils savaient qu’il y avait un nouveau-né qu’ils n’ont pas défoncé la porte. Et que son mari « va prendre cher ». « Ils l’ont ramené au commissariat de force, comme si c’était un terroriste de malade », s’indigne-t-elle. (...)

« GRDF m’a décrit comme un voyou. Ils m’ont fait passer pour un gars du 13 novembre »

Une vie dédiée à la sécurité des usagers (...)

« Des gars comme Moussa, y en a très peu qui font ce métier », explique Luc André Pons, secrétaire général de la CGT Énergie 91, « il veille en permanence à la sécurité des usagers, même la nuit et le week-end. » « Et aujourd’hui, on m’accuse d’avoir mis en danger les gens », regrette Moussa Gakou.
Des collègues au SMIC qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts (...)

« J’ai toujours été comme ça. Quand j’estime qu’un combat est juste, que ce soit dans le monde professionnel ou ailleurs, j’y vais. » (...)

La grève s’est faite étape par étape. Moussa Gakou et ses collègues commencent par interpeller leur chef d’agence. Pas de réponse. Ils passent à des heures de grève. Ça ne suffit pas. Début juin, les grévistes lancent un blocage de site. Un véhicule filtre l’entrée du portail pour empêcher les autres salariés de sortir. Mais la direction ne bouge toujours pas d’un pouce. Moussa s’indigne : (...)

Ils en viennent à l’étape ultime : l’intervention sur l’outil de travail. Un acte bien connu des syndicalistes du gaz. « On s’est dit qu’on n’avait pas le choix. On n’a pas fait ça à n’importe quel moment. C’était l’été, les températures étaient bonnes », raconte le gazier. « C’était une décision collective », signale Salim Khamallah, secrétaire général de la CGT Enedis Ouest Île-de-France. (...)

À deux reprises, le 15 juin et le 22 juin, Moussa Gakou se rend à son agence, ouvre le poste de livraison et tourne le robinet. Quelques 150 usagers se retrouvent sans gaz pendant toute une journée. En parallèle, d’autres grévistes, de Lille à Marseille, font le même geste que lui. (...)

90 heures de TGI et six mois d’interdiction d’exercer dans le gaz

Moussa Gakou a le sentiment d’avoir été arrêté pour l’exemple. En garde à vue, il reconnaît directement les faits. « J’assume. Pour moi ce n’est pas un acte délictueux. » Pour le syndicaliste Salim Khamallah, en parlant de « dégradation volontaire » dans sa plainte, GRDF en a rajouté une couche. « C’est un geste qu’il réalise au quotidien pour mettre le réseau en sécurité. La seule chose qu’on peut lui reprocher, c’est de l’avoir fait sans autorisation. » Moussa Gakou parle lui d’une « dénonciation calomnieuse » de son employeur. (...)

Le 16 août, le gréviste en chef a reçu une lettre recommandée de Philippe Delorme, le directeur Réseaux GRDF Île-de-France. Il est suspendu jusqu’à l’issue de sa procédure disciplinaire, sans salaire pendant un mois et pourrait perdre son job.

Si le professionnel du gaz est licencié, son expérience de quinze ans sera perdue puisqu’il n’y a qu’au sein de GRDF qu’il peut exercer son métier. Mais Moussa Gakou, sourire franc, ne regrette pas.

« S’ils me mettent à la porte, je partirai la tête haute ! »