Au lycée Racine, dans le VIIIe arrondissement parisien, quelques dizaines d’élèves poursuivent le mouvement contre la réforme du bac et Parcoursup, en bloquant l’accès à leur établissement.
ls se sont levés aux aurores, pour la troisième fois en une semaine, et ils sont « déter » (1). Devant l’entrée du lycée Racine, rue du Rocher dans le VIIIe arrondissement, quelques dizaines d’élèves ont placé des poubelles pour barrer le passage. Ils ont fait du slogan chanté dans les manifestations étudiantes et lycéennes depuis quelques semaines leur hymne : « Macron nous fait la guerre / Et sa police aussi / Mais on reste déter / Pour bloquer le pays », chantonnent-ils en cœur. (...)
la perspective d’affronter l’année prochaine la plateforme Parcoursup les inquiète : « Parcoursup, c’est la sélection à l’université en fonction du lieu d’habitation, c’est une sélection extrêmement sociale. On ne peut pas nier qu’on sera favorisés par rapport à nos potes de banlieue », juge Mia. Audrey, elle, a « toujours eu très peur de cette machinerie, qui nous prend pour des chiffres ».
Si les parents de Mia ne sont pas fanas de son engagement, notamment parce qu’ils « ont peur qu’[elle] prenne des risques. La police est à cran en ce moment ». Ceux d’Audrey la soutiennent : « Ma mère s’est levée à 5 heures avec moi ce matin pour me faire un petit-déjeuner. On vient d’un milieu socioculturel politisé, moi j’ai fait ma première manif’ à 3 ans ! » C’était en 2006, contre le contrat premier embauche (CPE), finalement retiré devant la fronde populaire.
Du côté des parents, justement, quelques-uns ont fait le déplacement pour s’assurer que tout se passe bien. (...)
La fatigue et la bousculade de mardi, avec les policiers, ont valu à Camille (2), élève de terminale, une tendinite : « Je reste déterminée », sourit-elle, le bras en écharpe. Sacha, lui, a été moins ménagé : mardi, il a passé la journée au poste de police, après avoir été assez brutalement menotté le matin, lors du blocage, raconte-t-il : « Une poubelle est tombée sur une policière, j’ai été embarqué. Ils m’ont cuisiné, m’ont menti en me disant que le blocus était fini, que mes potes m’avaient lâché. Je suis resté au commissariat jusqu’à 18 heures, quand mes parents sont venus me chercher. » C’était sa première garde à vue. « Je suis serein parce qu’il n’y a pas eu de suite. Mais mes parents étaient très inquiets. »
Devant l’entrée de la rue de Rome, c’est la même scène : des jeunes gens sur des poubelles, des slogans, des chants, et de l’enthousiasme, bien que seuls quelques dizaines de lycéens soient activement mobilisés. Sur le trottoir, les passants leur jettent à peine un coup d’œil. A part ce quadagénaire en gabardine, qui lâche, avant de filer d’un pas pressé : « Futurs pauvres… » (...)