Ciblée par l’ICE, la police de l’immigration de Donald Trump, la ville de Minneapolis est le terrain d’une résistance portée par des militants écologistes, des peuples autochtones, des scientifiques et des collectifs citoyens.
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Niché au cœur de l’un des quartiers les plus multiculturels du sud de Minneapolis, ce café, à la devanture rouge pétante, est devenu un point de convergence.
Depuis le début de l’opération Metro Surge en décembre 2025 et le déploiement de 3 000 agents fédéraux, des membres de tribus autochtones, militants écologistes, activistes pour la justice raciale et collectifs citoyens s’y organisent face aux pratiques de l’ICE.
« Ce lieu a vocation à être un endroit sûr pour tout le monde. Dans ce quartier, prendre soin les uns des autres est une évidence », explique Robert Rice, membre de la tribu ojibwée de la réserve de White Earth du Minnesota et propriétaire du Pow Wow Grounds Coffee, où a été fondé l’American Indian Movement (AIM) il y a un demi-siècle. (...)
Accolé à une galerie d’art transformée en point de collecte, ce café est devenu, comme d’autres commerces mobilisés, un centre de distribution de nourriture et de fournitures. Il soutient une communauté encore sous le choc après les morts de Renee Nicole Good et d’Alex Pretti, tués à moins de trois semaines d’intervalle par des agents fédéraux.
Soupes et cafés y sont distribués gratuitement, tandis que du matériel médical, des bonnets, des gants, des lunettes de protection ou encore des masques sont remis à celles et ceux en première ligne. « On fait ce qu’on peut, avec nos propres moyens », résume-t-il sobrement, la voix rauque, sous sa casquette Make America Native Again, en référence à Make America Great Again, le slogan de campagne de Donald Trump. (...)
Pour le peuple Dakota, une tribu autochtone des Grandes Plaines du Nord, l’omniprésence de l’ICE dans le Midwest ravive un passé douloureux. (...)
Selon plusieurs articles de presse, au moins cinq Amérindiens ont été interpellés par l’ICE, dont quatre membres de la tribu Oglala Sioux originaires du Dakota du Sud et un autre issu de la réserve de Red Lake, dans le Minnesota. (...)
Des associations, dont l’American Civil Liberties Union (ACLU), ont déposé une action en justice contre le gouvernement fédéral, accusant les autorités fédérales de profilage racial, d’arrestations et de détentions sans mandat ou sans motif valable, ciblant souvent des latinos, des Somaliens et d’autres personnes non-blanches, y compris des citoyens étasuniens. (...)
« Il faut montrer que ces enjeux dépassent la seule question migratoire et concernent tout le monde »
Une mobilisation que la directrice générale de cette organisation à but non-lucratif qualifiée de « passive mais structurée », mène à travers des webinaires et des discussions sur l’intersectionnalité et les communautés sacrifiées.
« Il faut montrer que ces enjeux dépassent la seule question migratoire et concernent tout le monde », poursuit-elle, expliquant que le MCEA a « utilisé [sa] voix pour appeler à une large mobilisation » lors d’un premier shutdown. (...)
L’héritage de la lutte anti-oléoduc
Pour de nombreux militants écologistes engagés contre l’ICE, la lutte contre le projet d’oléoduc Enbridge Line 3, menée dans le Minnesota entre 2020 et 2021, a fait figure de véritable école militante. Cette mobilisation massive des peuples autochtones et des défenseurs de l’environnement a forgé des réseaux solides, des pratiques de désobéissance civile non violente, une logistique éprouvée et des stratégies de communication, aujourd’hui réinvesties face à la police de l’immigration. (...)
Militants écologistes, ONG environnementales et organisations de justice environnementale s’allient aujourd’hui à un large éventail d’acteurs pour lutter contre ce que Kathryn Hoffman définit comme du « racisme environnemental ». « La solidarité communautaire est l’un des meilleurs remparts contre les dérives autoritaires », insiste cette diplômée d’un master en politiques environnementales de l’université du Minnesota.
« Tout le monde ne se sentira pas à l’aise devant un bâtiment fédéral sous surveillance, poursuit-elle. Mais il existe mille autres façons d’agir : à l’école du quartier, dans une église, par le bénévolat ou le soutien financier. L’important, c’est que chacun trouve sa place et fasse quelque chose. »
Certains scientifiques et experts du climat ont, par exemple, choisi de mettre au service de leur communauté leurs compétences bien spécifiques. Loin des manifestations et des courses poursuites, ils compilent des tableurs de plaques d’immatriculation de véhicules de l’ICE, cartographient les enlèvements, identifient les zones à risque et contribuent à protéger les habitants les plus exposés. (...)