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Attac33 Le Ptitgrain n°470
Les sociétés éclatées de Donald Trump et d’Emmanuel Macron
jean-Luc Gasnier
Article mis en ligne le 12 septembre 2018
dernière modification le 11 septembre 2018

Les critiques adressées à Donald Trump se font de plus en plus virulentes, acerbes, argumentées, le président américain est pris sous un feu nourri de critiques et d’accusations qui fusent de toutes parts : de journalistes d’investigation réputés comme Bob Woodward, mais aussi de repentis ou de résistants appartenant à son propre camp.

Mais le successeur inattendu de Barack Obama est bien en place et il n’est pas prêt d’être destitué. Donald Trump peut bien dégueuler par des tweets stupides et injurieux son trop plein de racisme, de suffisance et de morgue vindicative, il conserve le soutien d’une partie des américains. En cultivant son impopularité auprès d’un establishment honni par son électorat, il endosse avec cynisme et opportunisme le rôle de porte-voix d’une Amérique abandonnée, délaissée, trahie, oubliée par tous les gouvernements successifs. Donald Trump est le héraut des « rednecks », des travailleurs déclassés de l’Amérique financière. Il entend redonner du travail aux mineurs de charbon tandis que des milliers d’américains marchent pour le climat.

Trump, magnat de l’immobilier, homme d’affaires aux pratiques détestables, est le résultat, le produit politique paradoxal du capitalisme financier qui finit par porter au pouvoir ce genre d’individu. Trump est l’aboutissement d’un processus d’épuisement collectif et représente le délitement ultime d’un système politique qui a trop promis, trop menti et fabriqué des travailleurs pauvres en série ; ceux-ci ne votent plus qu’en réaction, pour exprimer leur colère, et tombent dans les bras des populistes leur désignant des boucs émissaires. Une société trop inégalitaire n’est plus capable de solidarité et ne peut intégrer de grands enjeux communs comme par exemple la préservation de l’environnement. L’obscénité de Donald Trump est à limage du libéralisme triomphant et dévastateur qui exacerbe les tensions et les fractures entre les populations. Avec Donald Trump, différentes Amériques se côtoient sans se comprendre et sans se reconnaître. Les clivages sont de plus en plus insurmontables. La société est constituée de clans irréconciliables.

En France, la politique d’Emmanuel Macron est désormais rejetée par une large majorité de citoyens mais, tout comme Donald Trump, notre Président semble faire le choix d’assumer son impopularité, assuré du soutien indéfectible du patronat et protégé par les institutions. Les déclarations du Premier ministre Edouard Philippe ne laissent aucun doute sur les intentions du gouvernement : "Nous allons maintenir le cap et l’intensité des transformations que nous avons décidées d’engager ». La nomination de François de Rugy, un adepte du « greenwashing », pour remplacer Nicolas Hulot est le signe que, sous ce quinquennat, l’écologie ne peut être un nouveau paradigme mais uniquement une source supplémentaire de profit pour les entreprises. La loi Pacte qui doit être présentée prochainement au Parlement va d’ailleurs accentuer encore la financiarisation de l’économie en facilitant l’accès des entreprises au marché financier et en rendant la place de Paris plus attractive. En régime néolibéral, l’écologie et l’économie sont irréconciliables car la philosophie et les principes qui les animent sont en opposition totale : la planète réclame de ralentir alors que le capitalisme financier exige de chaque acteur qu’il produise et consomme toujours plus pour accentuer la captation des richesses par une infime minorité. Comme dans tout régime totalitaire, le détournement des mots permet une communication positive et entraînante : "Promouvoir une société de l’émancipation" nous conduit au mieux à l’aliénation par le travail et la consommation et dans bien des cas à l’appauvrissement et la misère.

Le modèle économique de Macron, basé sur la compétition et la concurrence, est absolument incapable de prendre en compte les enjeux sociaux et écologiques, il nous rapproche du modèle américain et porte en germe l’éclatement de la société et l’émergence de mondes irréconciliables.

Confrontés à l’aggravation de la crise systémique, les citoyens ne peuvent compter que sur eux-mêmes