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IRIN - nouvelles et analyses humanitaires
Les conséquences de l’épidémie d’Ebola sur la santé maternelle
Article mis en ligne le 22 août 2015
dernière modification le 16 août 2015

Au cours des 13 dernières années, le taux de mortalité maternelle de la Sierra Leone a enregistré une baisse importante attribuable à l’introduction de soins de santé gratuits pour les femmes enceintes. L’une des conséquences les plus dévastatrices de l’épidémie d’Ebola est sans doute la menace qu’elle fait peser sur les progrès réalisés jusqu’à maintenant, même si on en parle très peu.

Plus de 220 travailleurs de la santé ont succombé au virus, y compris de nombreuses sages-femmes, et, dans ce système de santé déjà fragile, la formation et la marge de manoeuvre pour remplacer ces employés qualifiés sont limitées. Il y a aussi la crainte des hôpitaux et des médecins qui continue de persister au sein de la population locale. Les Sierra-Léonais ont en effet été traumatisés par une épidémie qui a fait près de 4 000 victimes et ils continuent d’être témoins chaque semaine de nouvelles infections, bien que leur nombre soit faible.

Selon un rapport de la Banque mondiale publié en juillet et intitulé Healthcare Worker Mortality and the Legacy of the Ebola Epidemic [Mortalité des travailleurs de la santé et héritage de l’épidémie d’Ebola], le taux de mortalité maternelle sierra-léonais pourrait augmenter de 74 pour cent à cause de la crise actuelle. Il atteindrait ainsi des niveaux n’ayant pas été observés depuis la fin de la guerre civile, en 2002. (...)

Quatre-vingt-cinq décès maternels ont été enregistrés à l’hôpital depuis l’annonce de l’épidémie, en mai 2014, ce qui, selon M. Koroma, représente « une nette augmentation par rapport aux années précédentes ».

« Les gens étaient craintifs, et ils le sont toujours », a-t-il ajouté.

Avant Ebola, 10 700 femmes en moyenne donnaient naissance chaque année au Cottage Hospital. Depuis l’épidémie, ce chiffre a chuté pour atteindre 6 723.

Le plus récent taux de mortalité maternelle n’a pas encore été rendu disponible au niveau national, mais on s’attend à ce qu’il ait augmenté vu le taux de fréquentation des hôpitaux et les risques que supposent les accouchements à la maison en Sierra Leone.

« Pendant l’épidémie d’Ebola, les gens avaient l’impression qu’ils pouvaient contracter le virus s’ils se rendaient à l’hôpital », a expliqué M. Koroma. (...)

Parmi les femmes qui ont décidé de se rendre à l’hôpital, certaines sont décédées en attendant le résultat du test de dépistage.

L’hôpital a désormais accès à un test de diagnostic rapide qui permet d’obtenir un résultat en moins de trois heures.

Malgré cela, et malgré l’amélioration générale des mesures de sûreté, de nombreux hôpitaux craignent toujours d’accueillir les femmes enceintes. Les accouchements mettent en effet le personnel en contact direct avec les fluides corporels.

« Lorsque nous avons commencé à entendre parler des décès de nos collègues, tout le monde s’est mis à avoir peur et personne ne voulait toucher les patients », a expliqué M. Koroma. (...)

Selon le rapport de la Banque mondiale, la Sierra Leone a perdu environ 7 pour cent de ses infirmières et sages-femmes à cause d’Ebola. Il s’agit d’une perte considérable pour un pays qui n’en avait déjà qu’un peu plus de 1 000 avant l’épidémie.

« C’est un choc terrible, surtout pour un système de santé déjà affaibli », a dit David Evans, économiste senior au Groupe de la Banque mondiale. « Et si on devait la mettre en chiffres, on se rendrait compte que la perte de travailleurs de la santé due à l’épidémie d’Ebola est responsable de 1 850 décès additionnels de femmes par année [en Sierra Leone]. »

Les experts estiment que des investissements supplémentaires sont absolument nécessaires pour pallier les lacunes dans les soins prodigués aux mères si la Sierra Leone souhaite prévenir une nouvelle hausse de son taux de mortalité maternelle.

« Il n’y a pas 1 000 solutions possibles », a dit M. Evans. « Ces pays et les communautés internationales qui les soutiennent doivent embaucher davantage de travailleurs de la santé et fournir les ressources nécessaires pour s’assurer qu’ils sont bien payés et qu’ils ont envie de rester en Sierra Leone pour y travailler. Et ils doivent aussi s’assurer qu’ils ont des équipements de protection en attendant qu’Ebola disparaisse complètement. »

À court terme, pour éviter une augmentation supplémentaire de la mortalité maternelle, M. Evans suggère de mettre en place une mesure palliative, c’est-à-dire d’employer des travailleurs de la santé et des assistants de naissance étrangers en attendant que les capacités locales se développent et que des travailleurs issus de la population locale reprennent le flambeau à plus long terme. (...)