Après des mois d’atermoiements, d’hésitations entre répression et ouverture, les autorités algériennes semblent décidées à en finir avec toute contestation avant les élections législatives du 12 juin.
Alger a arrêté sa ligne : la répression. Depuis le 27 avril, la manifestation hebdomadaire du mardi, dite « des étudiants » et suivie également par des Algériens ayant largement dépassé l’âge des études est interdite, les manifestants y sont dispersés vigoureusement et les rares journalistes présents interpellés sans ménagement, gardés à vue et menacés du pire. La marche du Hirak, le vendredi, est en danger d’être interdite. Le ministère de l’intérieur exige désormais une déclaration préalable sur son itinéraire, avant même la manifestation. Un oukaze impossible à satisfaire pour un mouvement qui n’a ni chefs ni leaders. Le 14 mai, les manifestations ont été plus ou moins « empêchées » par la police dans au moins la moitié des wilayas. Le 21 mai, cela recommence. (...)
Les mois de prison tombent sur les militants ramassés ici ou là, en général des jeunes isolés et sans protection. Les plus anciens, libérés en janvier dernier au retour du président Abdelmajid Tebboune d’Allemagne fédérale le sont à titre provisoire ; ils sont donc précaires. Le médiateur de la République, nommé début 2020, a été limogé ; jugé trop libéral, il détonnait dans l’équipe au pouvoir.
Même attitude de fermeté officielle sur le front social qui s’est rallumé ces dernières semaines : le pouvoir redoute que les grévistes rallient les opposants. Les postiers, les enseignants, les hospitaliers, puis les pompiers ont déclenché des grèves sans préavis ou manifesté jusqu’à El-Mouradia, siège de la présidence.
Si le président Tebboune recommande verbalement le dialogue, son premier ministre et le ministre du travail, un islamiste virulent, menacent les grévistes des foudres de la loi. El Djeich, la revue de l’armée les a dénoncés dans sa livraison de mai comme des « agents de l’étranger », voire des espions du Maroc ou des ennemis intérieurs. (...)
Les grévistes de la fonction publique ont pourtant des raisons d’être mécontents : la dévaluation accélérée du dinar et le recours sans limite à la planche à billets pour financer le déficit budgétaire (20 % du PIB en 2021 ?) ont provoqué une reprise de l’inflation et une baisse dramatique de leur pouvoir d’achat (...)
Avec la France, l’intermède mémoriel lancé par le président Emmanuel Macron à l’automne dernier a cédé la place à une campagne hostile. Le même ministre du travail a dénoncé l’Hexagone comme « l’ennemi traditionnel et éternel » de l’Algérie. (...)
le nouvel ambassadeur de France, accusé de se mêler des affaires intérieures de l’Algérie pour avoir rencontré des leaders de partis d’opposition parfaitement légaux fait l’objet de dénonciations venimeuses.
Tout se passe comme si les « durs », hostiles au Hirak comme à la réconciliation avec Paris, avaient après une période de flottement repris les choses en main et impriment désormais leur marque aux affaires politiques et diplomatiques. (...)