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Le peuple des Gilets jaunes occupe sa maison à Saint-Nazaire
Article mis en ligne le 22 février 2019

Depuis près de trois mois, les Gilets jaunes vivent dans des bureaux inoccupés de Saint-Nazaire. Cette « maison du peuple », bruissante de diversité sociale et d’échanges, sert de base logistique au mouvement. C’est là qu’aura lieu, en avril, la prochaine « assemblée des assemblées ».

(...) cette Maison du peuple, celle d’aujourd’hui, est née presque par hasard. Le 24 novembre 2018, le rassemblement des Gilets jaunes a été appelé devant la sous-préfecture. Certains se sont trompé d’endroit et se sont retrouvés devant les locaux inoccupés de ce qui n’a été sous-préfecture qu’une seule année, le temps de rénover les bureaux habituels. Ce bâtiment vide, une ancienne antenne de Pôle emploi, n’est pas tombé dans l’œil d’aveugles : son occupation a été proposée en fin de manif, sans avoir été préparée par un petit comité, comme c’est l’usage pour les ouvertures de squats. Une vingtaine de personnes qui ne votent pas, ou plus, y ont vite élu domicile. Sur la porte bleue des anciens bureaux, à la craie, le mot « chambre » indique la limite des espaces privés.

« Si on nous cherche, ils savent qu’on peut mettre un beau bazar »
Le bâtiment appartient désormais à un promoteur immobilier, un Parisien, mais la menace d’expulsion recule au fur et à mesure de l’avancée du mouvement.

L’audience au tribunal a déjà été trois fois reportée. Prochain rendez-vous le 27 février. « La mairie n’est pas malveillante, la trêve hivernale dure jusqu’au 15 mars, les flics ne font pas de harcèlement pour nous mettre la pression et puis le lieu est apprécié, avec une bonne visibilité sur les réseaux sociaux. En décembre, on a bien bloqué le port et ses accès. Si on nous cherche, ils savent qu’on peut mettre un beau bazar », (...)

L’autogestion est ici un leitmotiv, une presque évidence. (...)

La discussion se tient dans un bureau qui fait salon, deux canapés profonds, une table basse. « On fait des actions tous les samedis, en semaine aussi. On n’a pas toujours d’idée spectaculaire, on peut être fatigué, on ne bloque pas tous les jours la raffinerie et les dépôts pétroliers mais il faut qu’on sorte régulièrement de la Maison du peuple, on tient fortement à garder la visibilité du mouvement. Outre les manifs, on va souvent au centre commercial tout proche. Un groupe de travail prépare des actions dans les quartiers. »

Contre le mur, des pancartes fraîchement peintes. « Au champ plutôt qu’Auchan », ou « Mangez locale (sic) et non mondiale (sic) ». « Ah là là, la big faute », s’exclame cette femme en reculant d’un pas. Un autre panneau : « Paradis pour les uns, pas de radis pour les autres. » Sans faute, celui-là. (...)

« Les quartiers populaires, ça va pas être facile de les amener à nous rejoindre. En 2005, lors de la révolte des banlieues, ils étaient un peu seuls, dit Shamima, 70 ans et très remontée. Bon, je vais pas dans les manifs, je ne pourrais pas courir, mais je suis à 100 % pour. Dans le bus, ce matin, une femme de quarante ans m’a dit qu’elle était d’accord avec nous. Elle a vu le petit gilet jaune en porte-clefs que j’ai sur mon sac . Si vous voulez, on en vend, je lui ai dit. » (...)

Une fois par mois, un genre de mécène arrive avec sa Mercedes pleine de ravitaillement. De quoi remplir les trois frigos de la maison. « Quand on le voit arriver sur le parking, on sait qu’on va bien manger dans les jours qui viennent. C’est un gars qu’a un peu réussi, mais qui n’oublie pas d’où il vient », dit Guy.

Jo vit ici sa première expérience en squat : « Ce qui me marque, personnellement, c’est le passage de la théorie à la pratique. Ça valide quelque chose pour moi, le fait qu’un lieu où les gens se retrouvent et s’organisent, c’est indispensable si on veut transformer la société et la politique. »