Déjà deux grandes représentations théâtrales, à Grand Bourgtheroulde et à Souillac, des élus, maires pour la plupart, ont répondu à l’invitation du Président ; ils sont venus débattre des problèmes de la France et des malheurs de leurs administrés dans des lieux protégés, sécurisés, à l’écart des foules haineuses. A chaque fois, le même discours est servi, celui de l’écoute, du respect, du projet commun, celui du raisonnable opposé à l’excessif. . . Bien sûr, on prévient que tout ne sera pas possible. . . Le Président sait manier la litote, il n’aime pas être pris en défaut.
Le grand débat est lancé, c’est bien là l’essentiel.
Pendant deux mois le pouvoir offre cette psychanalyse éclair au peuple de France. Mais avec cette opération de communication, il ne poursuit qu’un objectif : relégitimer la politique du gouvernement et la république des nantis. Après cet épisode thérapeutique, tout devra continuer comme avant dans le meilleur des monde libéral possible et comment d’ailleurs espérer autre chose : un enfant de maternelle peut comprendre qu’on ne peut pas persister à emprunter le même chemin, vouloir « aller plus loin, plus fort, plus vite », et compter se retrouver, au bout du compte, dans la direction opposée. Macron continue de nous promettre la liberté, l’égalité et la fraternité dans un état qui ne pense plus qu’à alimenter les profit des groupes privés. Le grand débat ne peut déboucher que sur des mesures cosmétiques destinées à maquiller la réalité et à faire patienter des citoyens qui réclament leur part du gâteau, Faites preuve de patience, encore et toujours !
En attendant les récriminations du bas peuple, Emmanuel Macron donne de sa personne, il explique, écoute, tombe la veste, paraît en empathie, il est en bonne compagnie auprès de tous ces gens raisonnables. Il retrouve les accents et l’allant de sa campagne présidentielle. Mais tout cela n’est que comédie. La remarque ironique du maire de Saint Cirgues est prémonitoire : "J’espère que vous n’êtes pas dans la posture du dites moi de quoi vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer".
Comment accorder encore une quelconque confiance à ce régime quand, alors même que des témoignages, vidéos, enquêtes attestent de la brutalité des forces de l’ordre et des blessures d’une extrême gravité occasionnées par l’usage intempestif du LBD 40 et de la grenade GLI-F4 , le ministre de l’Intérieur, se déclare "sidéré" par les accusations de violences policières. Le castagneur est chef est le ministre de la propagande policière et de la couverture de toutes les bavures, il foule au pied tous les principes républicains de l’emploi de la force et notamment l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui stipule que " la garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée".
En méprisant et en insultant les victimes des violences policières, assimilées à des casseurs, le pouvoir témoigne de son manque total de respect vis-à-vis du peuple . Comment imaginer qu’il puisse satisfaire à ses revendications à l’issue du grand débat ?
En détournant à ce point l’usage de la force publique, le pouvoir apporte déjà sa réponse au grand débat.