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La fusée et le toboggan
/Jean-Luc GASNIER Enseignant, membre d’ATTAC33
Article mis en ligne le 18 septembre 2021

Nous pouvons être émerveillés par le spectacle du lancement de la fusée Falcon 9 mais nous sommes, dans le même temps, entraînés dans un toboggan infernal. Quand l’écosystème terrestre est menacé d’effondrement à très court terme, échafauder des plans qui ne pourront se réaliser qu’à très long terme est une pure folie

Ce grand voyage de Thomas Pesquet, en passe de devenir un véritable héros national, est fortement médiatisé. La conquête spatiale demeure une source d’émerveillement et, par ces temps de Covid, les esprits ont sans doute un grand besoin d’échapper à la pesanteur du quotidien.

Notre société doit continuer à nous vendre du rêve et un rêve qu’elle nous promet à la portée de tout le monde, enfin presque ! (...)

La fusée Falcon 9 et la capsule Crew Dragon sont des engins spatiaux développés par la société Space X du fameux milliardaire Elon Musk qui se fixe pour objectif de rendre l’espèce humaine “interplanétaire”. Certains commentateurs, à l’instar de Christophe Galfard sur France Inter, n’hésitent pas à voir dans cette mission une nouvelle étape, « un apprentissage à vivre ailleurs que sur terre ». Il paraît que « l’espace est incontournable, nous devons y aller, c’est dans les gênes de l’humanité ».

Le brin de folie d’Elon Musk fait des émules et engendre de nouvelles pousses . . . (...)

Le capitalisme est moderne par essence et il est indémodable. La société Space X avec sa fusée, dont certains éléments sont réutilisables et permettent de réduire les coûts, intervient en tant que prestataire de service pour la NASA, la fusée Facon 9 sert en quelque sorte de taxi « low-cost » pour ce vol spatial.

Au dessus de nos têtes, l’espace est aussi un grand marché et de nombreuses firmes privées, comme la société Blue Origin de Jeff Bezos ou Virgin Galactic qui fait partie du groupe de Richard Branson, sont en compétition avec Space X pour proposer tout un éventail de services, en général non essentiels. Ces sociétés ont toutes par exemple pour objectif de proposer des croisières d’un nouveau genre à des clients fortunés. (...)

La colonisation commerciale de l’espace passe aussi par le déploiement de satellites de communication : dans le cadre de son projet Starlink, Elon Musk prévoit de faire graviter autour de la terre une constellation de 12 000 satellites qui permettront d’offrir à ses futurs clients une connexion haut-débit permanente via des antennes domestiques.

L’espace rejoint la panoplie des eldorados et des sources de profit pour les entreprises.

Avec son nouveau statut commercial, il entre maintenant au premier chef dans la catégorie des euphorisants et des outils d’aliénation déployés par le capitalisme pour faire rêver les consommateurs et pour entretenir l’illusion que le génie humain peut surmonter toutes les difficultés et les obstacles qui se dressent sur un chemin désormais cosmique.Aujourd’hui, la conquête spatiale est une quête désespérée et désespérante, il n’y a pas de planète de rechange. Nos gènes ne sont pas faits pour coloniser l’espace mais pour habiter notre bonne vieille planète Terre. (...)

Ainsi, au sein de l’ISS, une expérience - qui tient paraît-il beaucoup à coeur à Thomas Pesquet - sera menée visant à fabriquer des emballages comestibles pour ne pas générer trop de déchets. Et la mission devrait aussi permettre « de mieux comprendre le climat de notre planète » . . . Un terrien à courte vue et n’étant pas doté d’une grande curiosité scientifique pourrait penser que si l’on veut éviter de faire bouillir la marmite peut-être convient-il tout simplement de couper le gaz plutôt que d’étudier de façon plus approfondie les mouvements de convection et de conduction de la chaleur ! (...)

Les expériences scientifiques menées dans la navette spatiale et notamment celles qui ont la prétention de s’inscrire dans le cadre de la transition écologique, peuvent difficilement servir d’alibi à l’ immense débauche d’énergie et de moyens financiers que représentent la recherche aéronautique et les lancements de fusée en particulier mais les tenants de la modernité ne reculent devant aucune contradiction.

Avec une conquête spatiale en cours de privatisation, l’orientation de la recherche ainsi que les moyens financiers colossaux qui lui sont attribués ne font l’objet d’aucun débat et échappent à tout contrôle public. (...)

Aujourd’hui, la conquête spatiale est une quête désespérée et désespérante, il n’y a pas de planète de rechange. Nos gènes ne sont pas faits pour coloniser l’espace mais pour habiter notre bonne vieille planète Terre. (...)